03.12.2003 - TPIR/MEDIAS - PERPETUITE POUR DEUX RESPONSABLES DES MEDIAS DE LA HAINE ET UNE CONDAMNAT

Arusha 3 décembre 2003 (FH) - Deux anciens responsables de médias rwandais ont été condamnés mercredi à la prison à vie et un troisième à 35 ans de prison par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Ferdinand Nahimana, un des fondateurs et responsables de Radio-télévision libre des Mille collines (RTLM) et Hassan Ngeze, ancien directeur et rédacteur en chef de la revue extrémiste Kangura ont été condamnés à la prison à perpétuité, peine maximale au TPIR, tandis que leur co-accusé, Jean Bosco Barayagwiza, un autre fondateur de la RTLM, a été condamné à 35 ans de prison.

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Tous ont été reconnus coupables D'entente en vue de commettre le génocide, de génocide, D'incitation publique et directe à commettre le génocide, de crimes contre l'humanité (extermination et persécution). Le Tribunal les a par ailleurs acquitté du chef de complicité dans le génocide et de divers chefs de crimes contre l'humanité ou de crimes de guerre.

Barayagwiza a échappé à la peine maximale suite aux vices de procédure qui ont entaché son arrestation et sa détention provisoire. La chambre D'appel du TPIR, dans un arrêt de mars 2000, avait ordonné que si jamais il était déclaré coupable au terme de son jugement en première instance, il devrait bénéficier D'une réduction de la peine, compte tenu de ces violations de ses droits. Le jugement indique que les huit ans qu'il vient de passer en détention seront déduits de sa peine.

"Vous étiez un universitaire de renom, professeur D'histoire à luniversité nationale du Rwanda. Vous étiez directeur de l'Office Rwandais de l'information et fondateur de la RTLM.[&] Vous étiez pleinement au courant de la puissance des mots, vous avez utilisé la radio-le média de communication qui atteint le plus grand nombre de gens-pour propager la haine et la violence", a indiqué la présidente de la chambre, la Sud-africaine Navanethem Pillay, à l'adresse de Nahimana.

l'ancien professeur, sanglé dans un costume noir, était debout, calmement, pour écouter la sentence.

S'adressant à Hassan Ngeze, la juge Pillay a déclaré "au lieu D'utiliser votre média pour promouvoir les droits de lhomme, vous l'avez utilisé pour attaquer et détruire ces droits"

La juge a ajouté: "vous avez empoisonné les esprits de vos lecteurs, et , par les mots et les actes, causé la mort de milliers de civils innocents."

Jean Bosco Barayagwiza, qui a boycotté tout le procès, n'était pas présent dans le prétoire.

"Jean Bosco Barayagwiza et Ferdinand Nahimana étaient responsables de la ligne éditoriale de la RTLM mais ils n'ont rien fait pour empêcher la radio de devenir cette machine de guerre et de génocide", a indiqué la juge Pillay.

La juge a décrit la RTLM comme "une radio dangereuse et nocive" et elle a relevé "le rire sarcastique, et le ricanement" de cette radio.

"La RTLM a développé des clichés ethniques qui ont eu pour effet de promouvoir le mépris et la haine contre les Tutsis", a poursuivi la juge.

Parlant de Kangura, la juge Pillay a affirmé que cette publication a été "le pavé qui a ouvert la voie au génocide, en entraînant la population hutue dans une folie meurtrière".

"Les articles de Kangura véhiculaient le mépris et la haine contre les Tutsis et en particulier contre les femmes tutsies présentées par le journal comme des femmes fatales", a estimé la chambre.

Le jugement indique par ailleurs que Hassan Ngeze et Jean Bosco Barayagwiza ont distribué des armes aux miliciens Impuzamugambi de la Coalition pour la défense de la république (CDR).

Les deux hommes comptent parmi les fondateurs de ce parti radical anti-tutsi. Jean Bosco Barayagwiza était par ailleurs un des plus hauts responsables de la CDR.

S'exprimant lors D'un point de presse à la fin de la lecture du jugement, le procureur du TPIR, le Gambien Hassan Bubacar Jallow, s'est dit satisfait du jugement et de la sentence.

"Le tribunal vient D'établir un précédent international, selon lequel ceux qui utilisent les médias pour cibler un groupe ethnique pour le détruire feront face à la justice", s'est-il réjoui.

Son prédécesseur, la Suissesse Carla Del Ponte, a assisté au prononcé du jugement.
ER/AT/DO/FH(ME'1203A)