18.11.2003 - TPIR/MILITAIRES I - UN PERE JESUITE DEPOSE SUR LE MASSACRE DU CENTRE CHRISTUS DE KIGALI

Arusha, le 18 novembre 2003 (FH) - Un Père Jésuite cité par le parquet devant le tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a affirmé que dix-sept personnes ont été assassinées par des militaires au Centre Christus de Kigali en avril 1994.

Père missionnaire attaché à la Congrégation des Pères Jésuites au moment des faits, le 28è témoin de l'accusation déposait dans le procès de hauts gradés des ex-Forces armées rwandaises (ex-FAR) en cours devant le TPIR.

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Il a comparu sous le nom de code « ET » pour préserver son anonymat.

Le témoin a affirmé que six militaires étaient arrivés au Centre Christus dans la matinée du 7 avril 1994 et avaient enfermé les dix-sept victimes dans une
pièce, après les avoir séparés des étrangers. Ces derniers auraient été enfermés au même moment « dans une salle commune ».

« Nous avons entendu des coups de feu, des explosions, et plus tard nous avons trouvé les dix-sept cadavres », a relaté l'homme D'église, ajoutant
que parmi les victimes figuraient quatre abbés et trois pères Jésuites, dont un activiste des droits de l'homme.

Le témoin n'a cependant mis en cause aucun des accusés, de même qu'il n'a pu préciser l'unité à laquelle appartenaient les six militaires.

Le parquet allègue que les officiers ont autorité sur les hommes de troupes, y compris ceux ne relevant pas de leurs unité.

En contre-interrogatoire, la défense de l'ancien directeur de cabinet au ministère rwandais de la défense, le colonel Théoneste Bagosora, un des
accusés dans ce procès, a fait valoir que le massacre pouvait avoir été commis par des miliciens ou des éléments de la rébellion, étant donné que le
témoin n'a pas pu identifier correctement les six hommes en uniforme.

Considéré par le parquet comme "cerveau du génocide", Bagosora est co-accusé avec l'ancien responsable des opérations militaires à l'Etat major de l'armée, le général de brigade Gratien Kabiligi, l'ancien commandant de la région militaire de Gisenyi (ouest du Rwanda), le lieutenant-colonel Anatole Nsengiyumva, ainsi que l'ancien commandant du bataillon para-commando de Kanombe (Kigali), le major Aloys Ntabakuze.

Les quatre officiers supérieurs auraient concocté et exécuté le plan D' élimination des Tutsis et des Hutus opposés au pouvoir en 1994. Tous les
accusés plaident non coupable.

La défense de Bagosora exige l'accès aux archives MILITAIRES Depuis le début du procès en avril 2002, les équipes de défense ne cessent de relever des « éléments de preuve nouveaux » que le procureur introduit
au dossier par le biais de ses témoins.

Les avocats ont à plusieurs reprise formulé leurs plaintes, par écrit, qualifiant l'attitude du parquet de « systématique » et dénonçant ce qu'ils
ont appelé un « procès par embuscade ».

Mardi, le conseil de Bagosora, Me Raphaël Constant est revenu longuement sur cette question, reprenant les arguments développés lundi par son co-conseil
qui avait exigé le retrait de toutes les déclarations nouvelles faites par le témoin « DA ».

Selon le témoin, Bagosora aurait, par le biais D'un message codé transmis dans la nuit du 6 avril 1994, ordonné au bataillon de reconnaissance de
Kigali de bloquer l'accès à la radio nationale. Il aurait ensuite enjoint aux militaires renforcer les barrages routiers à certains axes de la
capitale.

Selon divers témoignages, les ordres donné cette nuit par l'accusé ont été suivis le lendemain par l'assassinat du premier ministre Mme Agathe
Uwilingiyimana.

Me Constant a souligné «le caractère particulièrement incriminant et novateur » de ces déclarations pour lesquelles la défense ne serait pas
prête à procéder au contre-interrogatoire, faute D'éléments en contre preuve.

l'avocat a ensuite sollicité l'accès aux archives du ministère de la défense et celles du bataillon de reconnaissance comme condition sine qua non avant
de tester la crédibilité de DA. « Ces archives existent, elles sont intactes », a-t-il plaidé.

En réplique, le juge président, le Norvégien Erik Mose a indiqué que la chambre délibère sur toutes les requêtes relatives aux « faits nouveaux ».
Il a statué que la défense n'allait pas contre-interroger DA jusqu'à nouvel avis, faisant ainsi partiellement droit à la requête de Bagosora.

Le juge Mose est assisté dans ce procès qui se déroule devant la première chambre de première instance du TPIR par les juges russe Serguei Egorov et
fidjien Jai Ram Reddy.

DA poursuivra son témoignage direct devant le parquet mercredi.
GA/CE/FH (Ml'1118A)