16.10.2003 - TPIR/GACUMBITSI - L’EX-MAIRE AURAIT APPREHENDE « DES MALFAITEURS » EN AVRIL

Arusha, le 16 octobre (FH) – Trois témoins à décharge ont déclaré jeudi que l’ex- maire de Rusumo (province de Kibungo, est du Rwanda), Sylvestre Gacumbitsi, poursuivi notamment pour génocide devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) aurait appréhendé « des malfaiteurs » en avril 1994.

Respectivement dénommés YEW, YCW et UPT pour des raisons de sécurité, ils sont tous réfugiés en Tanzanie.

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Ils ont affirmé que l’ex-maire a procédé à l’arrestation de «malfaiteurs » qui avaient tué des gens et pillé des biens en deux endroits de sa commune.

Seul YCW a indiqué avoir été témoin de ces arrestations. Les deux autres ont reconnu que l’information leur avait été rapportée.

Selon YCW, l’ex- maire a appréhendé dans la journée 12 avril 1994 « des malfaiteurs » qui avaient commis des meurtres et des pillages à Gatore. Gacumbitsi les aurait arrêtés lors d’une réunion qu’il avait convoquée suite au climat d’insécurité qui prévalait.

« Restez unis », aurait conseillé Gacumbitsi avant de quitter Gatore.

Le témoin a affirmé que lors de cette réunion, l’ex-maire a annoncé qu’il avait arrêté d’autres « bandits » qui s’étaient rendus coupables de pillages à Nyamugali, un autre endroit de la commune Rusumo.

Refusant de qualifier ces « malfaiteurs » d’Interahamwe (miliciens considérés comme le fer de lance du génocide), le témoin a cependant reconnu que leurs victimes étaient des Tutsis.

Vers la fin de l’après-midi, ils étaient cependant de nouveau libres, selon lui, et manifestaient aux abords du bureau communal injuriant Gacumbitsi. Ils le traitaient de « chien, imbécile, complice du FPR » (Front patriotique rwandais, alors en rébellion contre le gouvernement), a-t-il rapporté.

« C’est le sous- préfet (de Kirehe) qui les a libérés et vous savez qu’il est mon supérieur », aurait expliqué l’ex-maire avouant, selon YCW, qu’il était dépassé par les événements.

Le substitut ougandais du procureur, Richard Karegyesa a posé des questions visant à discréditer le témoin.

« Pourquoi n’avez pas vous pas mentionné ces dates-clés dans vos déclarations écrites aux enquêteurs de la défense ? » a demandé Karegyesa.

Le témoin a répondu qu’il avait donné « tous les renseignements nécessaires ». « Ce n’est pas ma faute si l’enquêteur n’a pas consigné ces dates », a-t-il riposté.

Quatorze témoins ont à ce jour déposé en faveur de l’accusé depuis le début de la présentation de la preuve de la défense, le 6 octobre.

Jeudi dans la matinée, l’avocat principal de Gacumbitsi, le Camerounais Me Kouengoua, a été autorisé à renoncer à trois témoins en vue d’accélérer la procédure.

Après ce retrait, il doit encore citer huit témoins dont trois experts : un ancien ministre rwandais et deux médecins légistes français.

Il a néanmoins laissé entendre qu’il pourrait renoncer à d’autres témoins « vu les circonstances ». Selon les prévisions de la chambre, il devrait en effet terminer sa preuve avec la fin du mois.

Gacumbitsi, 56 ans, répond de cinq chefs D'accusation de génocide et crimes contre l’humanité portant sur des massacres de Tutsis et des viols commis en avril 1994, en différents endroits de sa commune.

Son procès se déroule devant la troisième chambre de première instance du TPIR présidée par Sénégalaise Andrésia Vaz et comprenant en outre, les juges fidjien Jai Ram Reddy et russe Serguei Aleckseievich Egorov.

Les débats seront suspendus vendredi dans l’attente de nouveaux témoins attendus à la barre à partir de lundi prochain.

ER/CE/GF/FH (GA’1016’AA)