13.10.2003 - TPIR/GACUMBITSI - QUATRE TEMOINS ENTENDUS EN UN JOUR

Arusha, le13 octobre (FH) – Quatre témoins de la défense ont été entendus lundi dans le procès de l’ancien maire de Rusumo (province de Kibungo, est du Rwanda), Sylvestre Gacumbitsi, en jugement devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Il est rare qu’autant de témoins déposent dans la même journée dans un procès au TPIR.

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Ces témoins, réfugiés en Tanzanie, sont désignés par des pseudonymes pour préserver leur anonymat. Ils ont tous déclaré n’avoir jamais entendu dire que l’accusé ait ordonné des massacres ou des viols.

Gacumbitsi, 56 ans, répond de cinq chefs D'accusation de génocide et crimes contre l'humanité portant sur des massacres de Tutsis et des viols commis en avril 1994, en différents endroits de sa commune.

Premier appelé à la barre, XW9, a imputé les massacres survenus dans sa localité à « des bandits en quête d’argent et d’autres biens ». « Ces bandits mis à part, la population était unie », a soutenu le sixième témoin de la défense.

XW10 a, pour sa part, affirmé que Gacumbitsi aurait aidé des Tutsis à traverser la rivière Akagera pour se réfugier en Tanzanie voisine mais en reconnaissant qu’il n’a pas été témoin lui- même des faits. « Cela m’a été rapporté par d’autres personnes », a-t-il précisé.

XW11 a abondé dans le même sens, déclarant n’avoir jamais entendu dire que l’ex-maire aurait donné une instruction interdisant de faire passer des Tutsis de l’autre côté de l’Akagera.

Selon des témoins à charge, l’accusé aurait demandé lors d’une réunion publique de veiller à ce qu’aucun Tutsi ne puisse traverser cette rivière.

Selon le dernier témoin entendu lundi, XW 1, Gacumbitsi se serait déplacé en personne le 9 avril 1994 dans l’après- midi pour faire relâcher un dénommé Kazungu qui avait été arrêté et emmené au domicile d’un subordonné de l’ accusé, le conseiller Sebijojo.

L’homme avait été arrêté par de personnes qui le soupçonnaient d’être en intelligence avec le Front patriotique rwandais (FPR), alors en guerre contre le gouvernement de l’époque, a rapporté le témoin. Après la remise en liberté de Kazungu et le départ de Gacumbitsi, le domicile de Sebijojo aurait été attaqué parce que le conseiller était soupçonné lui aussi de complicité avec le FPR.

« Mais vous n’avez pas fait état, dans votre déclaration à l’enquêteur de la défense, de cette attaque survenue après le passage de Gacumbitsi ? », a notamment demandé le substitut ougandais du procureur, Richard Karegyesa.

Après avoir tourné autour du pot pendant près d’une heure, malgré de multiples rappels de la chambre, le témoin a finalement répondu : « J’ai dit la vérité brièvement (à l’enquêteur)».

XW1 est le neuvième témoin cité par la défense depuis la présentation des ses moyens de preuve le 6 octobre. Son contre- interrogatoire a été le plus long de la journée.

Six autres témoins à décharge se trouvent à Arusha en attendant de déposer. Ils seront entendus à partir de mercredi, mardi étant férié.

Gacumbitsi est défendu par deux avocats camerounais Me Kouengoua et Me Anne Ngatio Mbattang.

L’affaire Gacumbitsi se déroule devant la troisième chambre de première instance du TPIR présidée par la juge sénégalaise Andrésia Vaz et comprenant en outre, les juges fidjien Jai Ram Reddy et russe Serguei Aleckseievich Egorov.

Le juge Reddy, absent pour des raisons familiales, n’a pas siégé lundi.

ER/CE/GF/FH (GA’1013’A)