06.10.2003 - TPIR/GACUMBITSI - LA DEFENSE A ENTAME LA PRESENTATION DE SA PREUVE

Arusha, le 6 octobre (FH) – La défense a entamé lundi la présentation de ses moyens de preuve dans le procès de l’ancien maire de Rusumo (province de Kibungo, est du Rwanda), Sylvestre Gacumbitsi, poursuivi notamment pour génocide devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Gacumbitsi, 56 ans, répond de cinq chefs D'accusation de génocide et crimes contre l'humanité portant sur des massacres de Tutsis et des viols commis en avril 1994, en différents endroits de sa commune.

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Il est notamment accusé d’avoir dirigé les massacres de l’Eglise catholique de Nyarubuye qui ont fait plus de 20.000 tués, selon des organisations de défense des droits de l’homme.

Lors de sa déclaration liminaire, le conseil principal de la défense, le Camerounais Me Kouengoua, s’est attaqué à l’acte d’accusation le qualifiant de « vague et imprécis à souhait ». « Ce fourre-tout a permis l’arrestation et l’incarcération de l’accusé », a déclaré l’avocat.

Me Kouengoua a ensuite assimilé à « des élucubrations » certaines dépositions à charge. L’avocat camerounais s’en est pris particulièrement au premier témoin de l’ accusation, le journaliste anglais Patrick Fergal Keane qui a effectué un reportage en commune Rusumo en juin 1994.

Auteur du livre "Season of blood : A Rwandan journey ", le reporter de la BBC est également un des premiers journalistes à avoir diffusé des images du site de massacres de Nyarubuye. Selon son témoignage, les rescapés ont imputé ces tueries à Gacumbitsi.

« Et voilà un journaliste qui décrète en 1994 des charges qui seront portées contre l’accusé sept années plus tard par le procureur », s’est exclamé le défenseur de Gacumbitsi.

L’avocat a consacré la suite de son discours à l’itinéraire et au mérite de son client. L’ancien instituteur devenu responsable administratif a été présenté comme « le genre de bourgmestre (maire) dont toutes les communes rêvaient au Rwanda et que d’autres nations recherchent aujourd’hui ».

Me Kouengoua s’est enfin engagé à citer pour soutenir sa thèse « des hommes et des femmes, originaires du Rwanda - Hutus et Tutsis- et d’autres pays du monde ». « Ils apporteront la preuve que Sylvestre Gacumbitsi n’a tué personne, n’a participé à aucune tuerie et n’a donné l’ordre à personne de tuer son prochain », a assuré le défenseur.

Au terme de sa déclaration liminaire, la défense a fait comparaître son premier témoin, entendu entièrement à huis clos pour des raisons de sécurité.

Le deuxième témoin, dénommé ZEZ pour préserver son anonymat, a décrit Gacumbitsi comme un homme généreux qui a tout fait pour protéger sans discrimination la population de sa commune.

Lors du contre- interrogatoire, la représentante du procureur, la Néo- Zélandaise Andra Mobberly a contesté la crédibilité du témoin. Elle a notamment demandé à ZEZ pourquoi il n’a pas fait rapport aux autorités de sa cellule de l’assassinat d’Alphonse Kanyogote.

EZ avait affirmé en interrogatoire principal qu’il avait vu le corps de Kanyogote à environ un kilomètre du domicile de Gacumbitsi. Il a cependant rejeté l’allégation selon laquelle l’ex- maire serait à l’origine de cette mise à mort.

« Vous dites pourtant que la victime était un voisin et ami !», s’est étonnée Mme Mobberly.

« Kanyogote a été tué dans une autre cellule que la mienne, une autorité ne peut s’ingérer dans les affaires d’autres entités administratives », a répondu ZEZ.

Les débats se poursuivent mardi.

Le procès se déroule devant la troisième chambre de première instance du TPIR présidée par la juge sénégalaise Andrésia Vaz et comprenant en outre les juges fidjien Jai Ram Reddy et russe Serguei Aleckseievich Egorov.

ER/CE/GF/FH (GA’1006’A)