19.08.2003 - TPIR/MEDIAS - NAHIMANA ET BARAYAGWIZA DOIVENT REPONDRE DE LA RTLM, SELON LE PROCUREUR

Arusha, le19 août 2003 (FH)- Ferdinand Nahimana et Jean-Bosco Barayagwiza devraient être tenus responsables des émissions de la Radio-télévision libre des Mille colllines qui a incité au génocide anti-tutsi en 1994, a déclaré le procureur mardi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Le parquet était à la deuxième journée de son réquisitoire dans le procès de trois Rwandais poursuivis depuis octobre 2000 pour utilisation des médias à des fins de génocide.

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Membres du comité D'initiative de la RTLM, Ferdinand Nahimana et Jean-Bosco Barayagwiza sont coaccusés avec l'ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze. Le procureur accuse Kangura D'avoir créé au Rwanda une situation de "racisme exacerbé" qui a préparé le génocide.

Evoquant le rôle des accusés Nahimana et Barayagwiza au sein de la RTLM, la représentante américaine du bureau du procureur, Simone Monasebian, a indiqué qu' "ils étaient responsables, patrons de cette radio."

Simone Monasebian a indiqué que les accusés "avaient une mainmise sur l'administration et les émissions de la RTLM".

La représentante du procureur a affirmé que "ces personnes signaient en connaissance de cause des reçus et divers documents qui ont permis à la RTLM de poursuivre ses activités". "Qui tient la bourse dicte le comportement", a argumenté Simone Monasebian.

Dans sa déposition au cours du procès, Ferdinand Nahimana a signalé que le directeur de la RTLM était un certain Phocas Habimana. Le procureur estime que Phocas Habimana était "un pantin". l'accusation ajoute que Ferdinand Nahimana fuit sa responsabilité en culpabilisant "les personnes manquantes ou décédées".

Jean-Bosco Barayagwiza boycotte ce procès depuis son ouverture, alléguant que le TPIR est manipulé par le gouvernement rwandais. Pour le procureur, "Jean-Bosco Barayagwiza est peut-être quelqu'un D'absent dans ce procès, mais il n'était pas absent à la RTLM". Juriste de formation, le parquet le considère comme un partisan de la campagne D'extermination des Tutsis.

"Barayagwiza ne vient pas au prétoire, parce qu'il s'estime au dessus de la loi", a déclaré Simone Monasebian.

Le procureur soutient que les émissions de la RTLM ont incité au génocide et que Ferdinand Nahimana et Jean-Bosco en étaient informés. l'accusation leur reproche notamment de n'avoir pas pris des mesures pour arrêter les émissions "incendiaires" de la RTLM ou en punir les auteurs.

Le parquet allègue qu'entre Ferdinand Nahimana et les journalistes de la RTLM, il existait un lien de subordination "de jure et de facto".

Le procureur a par ailleurs accusé Hassan Ngeze D'avoir "créé la crainte au sein du groupe ethnique hutu et jeté les bases pour pouvoir aboutir à l'extermination des Tutsis".

Les réquisitions du procureur sont attendues mardi soir. Le procureur entend demander aux juges de "rendre un verdict qui décourage toute répétition de tels actes".

Le procès se déroule devant la première chambre de première instance du TPIR présidée par la juge sud-africaine Navanethem Pillay et comprenant en outre les juges norvégien Erik Mose et sri-lankais Asoka de Zoysa Gunawardana.

AT/GF/FH(ME'0819A)