05.08.2003 - TPIR/GACUMBITSI - l'EX- MAIRE AURAIT ORDONNE DE TUER LES TUTSIS DANS SA COMMUNE

Arusha 5 août 2003 (FH) - Un témoin a allégué que l'ancien maire de Rusumo (province Kibungo, est du Rwanda), Sylvestre Gacumbitsi, a donné l'instruction de commencer les massacres de Tutsis dans sa commune, au cours de sa déposition mardi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Dénommé "TAS" pour préserver son anonymat, le septième témoin à charge est une femme hutue, dont le mari tutsi a été tué pendant le génocide D'avril à juin 1994.

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Mme TAS a affirmé que le 13 avril 1994, l'accusé aurait tenu une réunion près du bureau communal au cours de laquelle il a demandé aux miliciens affiliés à l'ex-parti présidentiel, les Interahamwe, de chasser les Tutsis.

"Regardez les flammes à Rukira [commune voisine de Rusumo]. Soyez vigilants, que personne ne s'échappe", aurait- il déclaré.

"J'ai compris qu'il donnait l'instruction de commencer les tueries, comme cela se faisait dans D'autres communes et je me suis sauvée" a indiqué Mme TAS.

Le témoin a ajouté que, le 16 avril 1994, Sylvestre Gacumbitsi a jeté une femme tutsie et ses deux enfants dans une fosse. Mme TAS, qui se trouvait à quinze mètres de l'accusé, a indiqué qu'elle n'a plus revu les dites personnes.

Le témoin a par ailleurs allégué que l'ancien maire Gacumbitsi a expulsé des Tutsis qui avaient cherché refuge au bureau communal au cours de la même période.

Exactions à l'extérieur du pays
Sylvestre Gacumbitsi s'est lui-même réfugié en Tanzanie, à l'arrivée des troupes de l'ex-mouvement rebelle à dominante tutsie, le Front patriotique rwandais (FPR), dans sa commune.

Mme TAS a affirmé que des massacres de Tutsis se sont poursuivis dans des camps de réfugiés rwandais établis à l'époque dans l'ouest de la Tanzanie. Selon elle, un homme a été tué, à l'instigation de Sylvestre Gacumbitsi, près du camp de Benaco.

Mme TAS est entrée en Tanzanie fin avril 1994, en même temps que plusieurs milliers de réfugiés hutus.

"Je cherchais du bois de chauffe près D'un cimetière. Et puis, J'ai vu un homme qui venait D'être tué en présence de Gacumbitsi. Il était là en train de superviser ", a indiqué Mme TAS, sans dater l'incident.

Selon son statut, le TPIR est compétent pour juger les personnes présumées responsables D'actes de génocide et D'autres violations du droit international humanitaire commis au Rwanda au cours de l'année 1994 ainsi que les citoyens rwandais présumés responsables de tels actes ou violations commis sur le territoire D'Etats voisins au cours de la même période.

"Les massacres de Tutsis se sont poursuivis à notre arrivée à Benaco", a affirmé Mme TAS. Le témoin a indiqué qu'elle a par la suite quitté Benaco, craignant pour sa sécurité.

Sylvestre Gacumbitsi, 56 ans, répond de cinq chefs D'accusation de génocide et de crimes contre l'humanité portant sur des massacres de Tutsis et des viols commis en avril 1994, à différents endroits de sa commune. Il plaide non coupable.

Le huitième témoin, dénommé "TBC" pour préserver son anonymat , a commencé sa déposition mardi après-midi. La chambre a autorisé qu'il soit entendu à huis clos.

Arrêté le 20 juin 2001, Sylvestre Gacumbitsi comparaît devant la troisième chambre de première instance présidée, dans cette affaire, par la juge sénégalaise Andrésia Vaz et comprenant en outre les juges fidjien Jai Ram Reddy et russe Serguei Aleckseievich Egorov. Le juge Reddy n'a pas siégé mardi pour raisons de santé.

Sylvestre Gacumbitsi est défendu par deux avocats camerounais : Me Kouengoua et Me Anne Ngatio Mbattang.

Le parquet, pour sa part, est représenté par l'Ougandais Richard Karegyesa et la Néo-zélandaise Andra Mobberly. Le procès se poursuit mercredi.

ER/AT/GF/FH(GA'0805A)