30.06.2003 - TPIR/MILITAIRES I - NSENGIYUMVA AURAIT DONNE l'ORDRE DE TUER LES TUTSIS, SELON UN TEMOI

Arusha, le 30 juin 2003 (FH) - Un témoin du parquet a affirmé lundi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) que l'ancien commandant de la région militaire de Gisenyi (ouest du Rwanda), le lieutenant-colonel Anatole Nsengiyumva, a donné l'ordre de massacrer les Tutsis au lendemain de la mort du président Juvénal Habyarimana le 7 avril 1994.

Le septième témoin de l'accusation, dénommé "DO" pour sa sécurité, a rapporté que Nsengiyumva a déclaré le matin du 7 avril que "les Tutsis seront exterminés parce qu'ils viennent de tuer le président Habyarimana".

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Il aurait ensuite demandé aux milices Interahamwe de renforcer les barrages routiers pour "identifier l'ennemi (les Tutsis) et l'arrêter".

Nsengiyumva aurait fait ces déclarations à la suite D'une réunion qu'il avait convoquée au camp militaire de Gisenyi. Le témoin a indiqué y avoir conduit un certain nombre D'Interahamwe sur ordre du capitaine Bizumuremyi, affirmant cependant n'avoir pas assisté lui-même à ladite réunion.

Selon DO, l'accusé a également fait distribuer des armes en prélude aux attaques. A la suite de cette distribution, les Interahamwe se sont lancés à la chasse aux Tutsis dans la cellule Bugoyi à Gisenyi, faisant plusieurs victimes, dont un enseignant et sa fille. Les miliciens étaient accompagnés de trois militaires "en tenue civile" en provenance du camp militaire de Gisenyi, a ajouté le témoin.

Nsengiyumva est co-accusé avec trois autres hauts officiers des ex-Forces armées rwandaises (ex-FAR): l'ancien directeur de cabinet au ministère de la défense, le colonel Théoneste Bagosora, considéré par le parquet comme "cerveau du génocide", l'ancien responsable des opérations militaires à l'Etat major de l'armée, le général de brigade Gratien Kabiligi, ainsi que l'ancien commandant du bataillon para-commando de Kanombe (Kigali), le major Aloys Ntabakuze.

Eléments nouveaux

La déposition de DO s'est déroulée sur fond de nombreuses objections de la défense qui a décelé un nombre considérable de "faits nouveaux" non contenus dans les déclarations remises par le procureur.

Compte-tenu des ces « faits nouveaux », les quatre équipes de défense ont demandé du « temps supplémentaire » pour préparer le contre-interrogatoire de DO.

La défense a estimé que si la chambre ne lui laissait pas ce « temps supplémentaire », les éléments de preuve non contenus dans les déclarations écrites du témoin devraient être rayés de sa déposition.

Après une brève concertation, la chambre a décidé que "les éléments qui ne figurent pas dans la déclaration du témoin pourraient être appréciés et analysés à un certain stade, cas par cas", par la chambre au moment du délibéré, tel que cela s'est déjà produit dans D'autres affaires devant le TPIR.

Le procès dit "Militaires I" se déroule devant la première chambre de première instance du TPIR présidé par le juge norvégien Erik Mose, assisté des juges russe Serguei Aleckseievich Egorov et fidjien Jai Ram Reddy.

En fin D'après-midi, la défense de Nsengiyumva a entamé, à huis clos, le contre-interrogatoire de DO qui se poursuit mardi.

GA/CE/GF/FH (Ml'0630A)