02.04.2003 - TPIR/MEDIAS - NGEZE NIE AVOIR INCITE A LA HAINE CONTRE LES TUTSIS

Arusha, le 2 avril 2003 (FH) - l'ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze, un des trois accusés dans le procès des "médias de la haine", a nié avoir incité à la haine contre les Tutsis, mercredi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda.

Hassan Ngeze, qui témoigne pour sa propre cause depuis lundi de la semaine dernière, était contre-interrogé par le procureur.

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"Je n'incitais personne à faire quoique ce soit", a déclaré Hassan Ngeze, ajoutant avoir simplement utilisé "un langage usuel" dans ses articles.

La représentante kenyane du parquet, Charity Kagwi-Ndungu, a suggéré que Hassan Ngeze s'est notamment basé sur des proverbes rwandais pour inciter à la haine contre les Tutsis.

"C'est un langage habituel que nous utilisons au Rwanda. Cela ne vient pas de moi", a répondu Ngeze.

Tout au long de son témoignage, l'ancien journaliste a maintenu que la revue Kangura était une reproduction de l'histoire mouvementée du Rwanda. "Cela fait partie de notre histoire. Je ne peux pas la changer", a indiqué Hassan Ngeze, réfutant par-là l'allégation D'avoir" diabolisé les Tutsis".

Le représentant du procureur a estimé que Hassan Ngeze a commis un crime en publiant ces proverbes "dans un pays qui souffrait D'une grande instabilité du point de vue ethnique". Parmi les proverbes incriminés figure celui qui dit que "lorsque vous hébergez un Tutsi au salon, il finit par vous chasser de votre lit".

Hassan Ngeze a déclaré que "peut-être notre société est-elle mauvaise, mais elle est ainsi". D'après lui, il n'a fait qu'informer le public.

Les dix commandements des Hutus
Hassan Ngeze s'est par ailleurs défendu au sujet des "dix commandements des Hutus" publiés dans son journal en décembre 1990. Selon un de ces commandements, les Hutus devraient cesser D'avoir pitié des Tutsis. Un autre commandement énonce que "tout homme Hutu doit comprendre que la femme Tutsie travaille pour son ethnie".

Le procureur a affirmé que Hassan Ngeze "a soutenu les dix commandements et les a enseignés à la population". "Je ne soutiens aucun commandement, que ce soient ceux qui émanent des Hutus ou des Tutsis", a répondu l'accusé.

La revue Kangura avait auparavant publié "les dix-neuf commandements des Tutsis". l'un D'entre eux est.ainsi libellé: "sachez qu'un Muhutu est créé pour servir".

D'après Ngeze, il était nécessaire que les gens soient informés de l'existence des différents commandements. "Je n'ai cessé de condamner ces commandements. Je ne les ai jamais cautionnés", a-t-il assuré, ajoutant que "Kangura n'est pas une bible. Kangura publie ses articles pour susciter l'opinion des lecteurs". A la question de savoir s'il aurait prévenu ses lecteurs du caractère nocif de ces commandements, Hassan Ngeze a répondu que "cela apparaît de manière constante dans Kangura". La chambre lui a instruit de mettre à profit la pause du week-end pour relever des articles pertinents.

Selon le procureur, les dix commandements des Hutus "constituaient non seulement un appel sans équivoque au mépris et à la haine de la minorité tutsie, mais également une diffamation et une persécution à l'encontre des femmes tutsies". Le procureur affirme que Ngeze considérait les femmes tutsies comme "fatales".

De manière plus générale, le parquet estime que Kangura a été créé "pour défendre et promouvoir l'idéologie hutue et pour unir tous les Hutus pour "guérir" le Rwanda". Ngeze rétorque qu'il écrivait pour tous les Rwandais sans distinction ethnique.

Propos amers
Me René Martel, l'avocat canadien qui représente Hassan Ngeze, s'est souvent opposé énergiquement à la manière dont le procureur posait des questions à son client.

"C'est une plaidoirie pro-tutsie. Que Mme Kagwi cesse de faire de la politique. Qu'elle pose des questions en technicien de droit qu'elle est", a déclaré Me Martel.

l'avocat canadien a allégué que la représentante du parquet," a épousé une cause qu'elle est en train de défendre."

La présidente de la chambre a indiqué à Charity Kagwi-Ndungu qu'il n'était pas nécessaire de répondre à ces propos.

Me Martel s'était auparavant plaint de l'utilisation par le procureur D'une cassette vidéo montrant Ngeze au milieu des réfugiés hutus dans l'ex-Zaïre, parlant de "manipulation" du document. "Cette vidéo est trafiquée", a indiqué Me Martel, alléguant "une culture de fabrication de la preuve" chez le procureur.

Hassan Ngeze est coaccusé avec deux anciens responsables de la Radio-télévision libre des Mille collines (RTLM), Ferdinand Nahimana et Jean-Bosco Barayagwiza. Ce dernier boycotte le procès depuis son ouverture en octobre 2000, estimant que le TPIR est manipulé par le gouvernement rwandais.

La déposition de Hassan Ngeze se poursuit jeudi devant la première chambre de première instance du TPIR présidée par la juge sud-africaine Navanethem Pillay et composée en outre des juges norvégien Erik Mose et sri-lankais Asoka de Zoysa Gunawardana.

AT/CE/GF/FH (ME'0402A)