01.04.2003 - TPIR/CYANGUGU - BAGAMBIKI ADMET QUE DES REFUGIES ONT ETE MASSACRES A LA GENDARMERIE

Arusha, le 1er avril, 2003 (FH) - l'ancien préfet de Cyangugu (sud-ouest du Rwanda), Emmanuel Bagambiki, a reconnu mardi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) qu'en avril 1994, des réfugiés ont été massacrés à la brigade de gendarmerie de Rusizi I, près de la frontière avec l'ex-Zaïre.

l'accusé, qui en est à son quatrième jour de témoignage pour sa propre défense, a indiqué que cet incident est survenu dans la nuit du 17 avril 1994, à la suite D'une attaque lancée par les "assaillants".

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Bagambiki a rapporté que les victimes, estimées au nombre de seize, avaient été extraites du stade Kamarampaka qui abritaient des milliers de réfugiés à majorité Tutsis, transférés de la cathédrale de Cyangugu le 15 avril "pour des raisons de sécurité".

Selon Bagambiki, des assaillants avaient à maintes reprises menacé D'attaquer le stade. Ils avaient, a-t-il poursuivi, remis aux gendarmes une liste de réfugiés, qu'ils suspectaient D'être en possession D'armes et D'appareils radio leur permettant de communiquer avec la rébellion, alors en guerre contre le gouvernement.

Convaincu que ces allégations n'étaient pas fondées, l'accusé a alors convoqué le conseil préfectoral de sécurité. Ce dernier a décidé que les réfugiés (recherchés par les assaillants) soient mis à la disposition du parquet.

"C'était risqué, mais c'était la seule décision qui pouvait garantir la sécurité de ces personnes, ainsi que des autres réfugiés restés au stade", a déclaré en substance Bagambiki. D'après lui, une fois établi que les concernés n'avaient ni armes, ni moyens de communication, les conclusions du procureur auraient dissuadé les assaillants D'attaquer le stade.

Cependant, le parquet ayant fixé l'interrogatoire au lendemain du 17 avril, ces personnes devaient passer la nuit à la brigade judiciaire. "Malheureusement, les assaillants ont (pendant la nuit) pris D'assaut la cellule et massacré ces personnes", a regretté Bagambiki, expliquant que la brigade n'était gardée que par "quelques gendarmes", sans en préciser, ni en estimer le nombre.

A la question du juge président, George Lloyd Williams de Saint Kitts et Nevis, de savoir pourquoi il n'a pas cherché l'aide des militaires, Bagambiki a répondu que "la décision de réquisitionner l'armée revenait au commandant de la gendarmerie".

Après l'incident du 17 avril, Bagambiki a indiqué que "la situation s'était stabilisée" à Kamarampaka, et que les réfugiés avaient été transférés, au début du mois de mai 1994, au lieu dit Nyarushishi, où la sécurité était meilleure.

Le parquet allègue que "le ou vers le 11 avril 1994", de nombreux Tutsis réfugiés à la cathédrale de Cyangugu auraient été conduits au stade Kamarampaka. Bagambiki et D'autres responsables administratifs auraient sélectionné, "à partir de listes pré-établies", des réfugiés qui ont été arrêtés et exécutés.

l'accusation ajoute que "à plusieurs occasions en avril 1994, Bagambiki a négligé ou refusé D'aider des personnes menacées de mort qui lui demandaient assistance".

Bagambiki rejète toutes ces allégations. Il est co-accusé avec l'ancien ministre des transports et communications sous le gouvernement intérimaire, André Ntagerura, ainsi que l'ancien commandant du camp militaire de Karambo, à Cyangugu, le lieutenant Samuel Imanishimwe. Ils sont poursuivis pour les massacres perpétrés dans cette région durant le génocide de 1994. Ils plaident non coupable.

Le procès du groupe Cyangugu se déroule devant la troisième chambre de première instance du TPIR, comprenant outre le juge Williams, les juges russe, Yakov Ostrovsky, et slovène Pavel Dolenc.

Bagambiki devrait clôturer son interrogatoire principal mercredi.
GA/CE/FH (CY'0401A)