26.03.2003 - TPIR/CYANGUGU - BAGAMBIKI TEMOIGNE POUR SA PROPRE DEFENSE

Arusha, le 26 mars 2003 (FH) - l'ancien préfet de Cyangugu (sud-ouest du Rwanda), Emmanuel Bagambiki, poursuivi pour génocide, a commencé à témoigner pour sa propre défense mercredi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Vingt-sixième et dernier témoin de la défense, l'accusé a D'emblée déclaré qu'il n'avait pu réaliser pleinement son rêve de développement à Cyangugu, alors qu'il est entré en fonction dans cette région en 1992, au moment où la guerre battait son plein entre la rébellion et le gouvernement.

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A ce moment-là, les questions de sécurité primaient sur les autres, a-t-il expliqué.

Bénéficiant D'une dizaine D'années D'expérience dans l'administration des préfectures, Bagambiki, 55 ans, a déclaré que son principe a toujours été de "bien faire" le travail qui lui est assigné. Un témoin expert de l'accusation, le professeur français, André Guichaoua, lui a reconnu cette qualité de "préfet compétent".

Avant D'être nommé à Cyangugu, Bagambiki avait successivement été sous-préfet de Gisenyi, puis préfet de Gitarama et de Kigali.

Entamé en fin D'après-midi, le témoignage de Bagambiki n'a duré qu'une trentaine de minutes. Il poursuivra sa déposition jeudi.

La déposition de Bagambiki a été précédée par celle D'un officier de la gendarmerie belge ayant effectué une mission à Cyangugu en janvier dernier. Le Commissaire Jacques Graaf a présenté des photographies, des croquis et des films vidéo portant sur des lieux allégués des massacres.

Mr Graaf a montré plusieurs endroits, tels que la cathédrale de Cyangugu, le stade de Kamarampaka, la paroisse de Shangi, l'usine à thé de Shagasha, ainsi que les lieux dits Gatandara, Nyamasheke, Gihundwe et Nyarushishi.

En donnant des informations détaillées sur la distance qui sépare certains points de repère entre ces endroits ou la topographie générale des lieux, la défense visait notamment à vérifier ou à contrer la preuve apportée par la poursuite.

En effet, le parquet affirme qu'en avril 1994, de nombreux Tutsis réfugiés à la cathédrale de Cyangugu auraient été conduits au stade de Kamarampaka. Les autorités locales, dont Bagambiki, auraient sélectionné, à partir des listes préétablies, des réfugiés en majorité tutsis. Ceux-ci ont été arrêtés puis exécutés à Gatandara.

A la question de savoir si entre 2.000 et 3.500 personnes pouvaient vivre à l'intérieur de cette cathédrale, tel que l'ont rapporté certains témoins de l'accusation, Mr Graaf a répondu: "Je vois mal un tel nombre vivre dans cet endroit pendant plusieurs jours". Le témoin a expliqué qu'il y a moyen, à la limite, D'y faire séjourner un groupe D'individus "pour une seule nuit".

Emmanuel Bagambiki est co-accusé avec l'ancien ministre des transports et communications sous le gouvernement intérimaire, André Ntagerura, ainsi que l'ancien commandant du camp militaire de Karambo, à Cyangugu, le lieutenant Samuel Imanishimwe. Ils sont poursuivis pour les massacres perpétrés dans cette région durant le génocide de 1994. Ils plaident non coupable.

Le procès du groupe Cyangugu se déroule devant la troisième chambre de première instance du TPIR, présidée par le juge George Williams de Saint Kitts et Nevis, assisté des juges russe, Yakov Ostrovsky, et slovène Pavel Dolenc.

GA/CE/GF/FH (CY'0326A)