20.03.2003 - TPIR/BUTARE - UN TEMOIN DEMANDE AUX JUGES D’IGNORER SES DECLARATIONS ECRITES

Arusha 20 mars 2003 (FH) - Un témoin dans le procès de Butare (sud du Rwanda), en cours devant le tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), a demandé jeudi aux juges de "mettre de côté" ses déclarations écrites recueillies par les enquêteurs du parquet en 1997, 1998 et 2000. Le procès du groupe de Butare regroupe l’ex- ministre de la famille et de la promotion féminine, Pauline Nyiramasuhuko, son fils Arsène Shalom Ntahobari, les anciens préfets de Butare, Sylvain Nsabimana et Alphonse Nteziryayo ainsi que les anciens maires Joseph Kanyabashi et Elie Ndayambaje.

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"Je vous demande de mettre de côté ces déclarations écrites et de m’ interroger sur la base de ce que vous avez entendu hier de ma bouche", a demandé le vingt-troisième témoin du parquet au deuxième jour de sa déposition.

Le témoin QY, ainsi dénommée pour des raisons de sécurité, était contre-interrogée par Me Guy Poupart, un des défenseurs de Pauline Nyiramasuhuko.

L’avocat canadien était en train de relever des contradictions entre la déposition de QY devant le tribunal et ses déclarations écrites de 1997, 1998 et 2000.

"Ces déclarations ont été reproduites par des êtres humains", a expliqué, à un moment, le témoin, faisant allusion aux enquêteurs et aux traducteurs du TPIR.

Des témoins ont affirmé, à plusieurs reprises dans ce procès, que leurs déclarations avaient été mal reproduites ou mal traduites.

Me Poupart a notamment relevé que, contrairement à ses déclarations écrites, le témoin n’a pas pu faire une estimation de la durée de son séjour en différents points de la ville de Butare, durant le génocide de 1994.

"Aurais-je raison de dire, Madame, que lors de votre déposition hier, vous n’avez pas été en mesure d’estimer la durée de votre séjour à l’EER (Eglise épiscopale au Rwanda) ?" a notamment demandé l’avocat.

La déclaration écrite du 11 mars 1998 indique qu’elle a passé "environ un mois" à cet endroit. "Dans la situation où nous nous trouvions, un jour pouvait paraître un mois, une nuit trop longue pouvait ressembler à un mois", a expliqué QY. Elle a ajouté que "les gens étaient encore traumatisés à l’époque de ces déclarations écrites".

Les débats ont été brièvement suspendus en milieu d’après-midi, le témoin étant allé se faire soigner.

Le procès se poursuit lundi avec la suite du contre-interrogatoire de QY.

Il se déroule devant la deuxième chambre du TPIR présidée par le Tanzanien William Hussein Sekule et comprenant, en outre, les juges Arlette Ramaroson de Madagascar et Winston Churchill Matanzima Maqutu du Lesotho.

ER/CE/GF/FH (BU'0320A)