16.01.2003 - TPIR/MEDIA - DES SURVIVANTS DU GENOCIDE M’ONT CONTRAINT A MENTIR, DECLARE UN TEMOIN DE

Arusha, le 16 janvier 2003 (FH) – Un témoin de la défense cité dans le procès des médias a déclaré jeudi, devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda, que des membres d’une organisation de survivants du génocide l’auraient persuadé de fournir un témoignage erroné concernant les trois accusés.

Le procès des médias concerne le promoteur allégué de la Radio-télévision libre des Mille collines (RTLM), Ferdinand Nahimana, l'ancien conseiller politique au ministère des affaires étrangères et membre du comité D'initiative de la RTLM, Jean-Bosco Barayagwiza, ainsi que l'ex-directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze.

2 min 25Temps de lecture approximatif

Ils sont acusés de génocide, entente en vue de commettre le génocide et crimes contre l’humanité. Ils plaident non coupables.

Le témoin RM14, ainsi surnommé pour préserver son identité, est le premier témoin cité par la défense de Ngeze. « Antoine Mbahira m’a demandé si je pouvais contribuer à dénoncer Nahimana, Ngeze et Barayagwiza,” a déclaré RM14, ajoutant que Mbahira est un des beaux-frères de Ngeze et le responsable d’IBUKA (une organisation regroupant les survivants du génocide) de la ville de Gisenyi (nord-ouest du Rwanda).

"Mbahira m’a dit de me préparer aux questions des enquêteurs du bureau du procureur. Il m’a donné une version complètement fausse des événements qui ont eu lieu dans notre région et m’a demandé de la présenter aux enquêteurs, » a indiqué RM14.

RM 14 devait initialement comparaître en tant que témoin à charge dans ce procès. Mais le substitut du procureur William Egbe a indiqué à la cour que ce témoin avait été abandonné parce qu’il ne parvenait pas à se souvenir de parties fondamentales de son témoignage. RM14 a ensuite été contacté par la défense et inclus sur sa liste des témoins à décharge. Il a également réfuté les explications du parquet arguant que ce dernier “avait peur de ce que j’allais dire. Il voulait que je dise certaines choses qui, d’après moi, sont fausses.»

De plus, RM14 a expliqué aux juges l’existence d’une conspiration au Rwanda destinée à fabriquer de faux témoignages contre les suspects de génocide. “De peur de ne pas pouvoir m’opposer à de telles personnes et pour rester en vie, j’ai fui le pays,” a-t-il ajouté.

Sauveur de Tutsis
Au cours de son témoignage, RM 14 a déclaré à la cour que les allégations selon lesquelles Ngeze aurait incité les Hutus à tuer les Tutsis étaient
fausses, puisqu’il aidait en fait des Tutsis persécutés à quitter le pays.

"Ngeze a sauvé la vie de nombreux Tutsis, mettant au point des moyens de leur faire passer clandestinement la frontière vers le Zaïre (l’actuelle RDC) », a indiqué le témoin.

RM 14 a également réfuté une des accusations qui pèsent sur Ngeze : le meurtre d’un certain Modeste Tabaro durant le génocide. Il a indiqué que c’était précisément l’un des éléments sur lesquels Mbahira lui avait demandé de mentir. « Je sais très bien que Tabaro a été tué par un soldat nommé Jeff et par un homme du nom de Régis, » a-t-il ajouté. De plus RM14 a déclaré que Ngeze n’avait jamais commis le moindre viol.

RM 14 poursuivra son témoignage vendredi, lors du contre-interrogatoire mené par Me Rapp, le substitut du procureur.

Le procès se déroule devant la première chambre de première instance du TPIR présidée par la juge sud-africaine Navanethem Pillay et comprenant en outre les juges norvégien Erik Mose et sri-lankais Asoka de Zoysa Gunawardana.

CE/GG/GF/FH (ME'0116e)