04.12.2002 - TPIR/MILITAIRES - LA DEFENSE DE BAGOSORA S'ATTAQUE A LA CREDIBILITE D'UN TEMOIN A CHARG

Arusha, le 4 décembre 2002 (FH) – La défense de l'ancien directeur de cabinet au ministère rwandais de la défense, le colonel Théoneste Bagosora, a mis en doute la crédibilité D'un témoin de l'accusation entendu mercredi devant le tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Désigné par les lettres "ZF" pour préserver son anonymat, le témoin est contre-interrogé par deux des quatre avocats de la défense depuis plus D'une semaine dans le procès de quatre hauts gradés des ex-Forces armées rwandaises (ex-FAR).

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F a évoqué une réunion qu'aurait présidée Bagosora en mai 1992 à l'intention de hauts officiers des ex-FAR, en prélude au génocide de 1994. D'après le témoin, l'accusé aurait à cette occasion déclaré: "Il existe un plan D'extermination des Hutus par les Tutsis; il faut déjouer ce complot et pour y parvenir, nous devons nous débarrasser des Inyenzi (terme péjoratif désignant les Tutsis)".

l'avocat franco-martiniquais de Bagosora, Me Raphaël Constant, a sommé le témoin D'expliquer pourquoi il attribue ces propos à son client alors qu'il a affirmé ne pas avoir participé à la réunion alléguée.

Le témoin avait affirmé qu'il est resté devant son bureau "pendant trois heures" au moment où se déroulait la réunion en question "dans la salle contiguë à la mienne".

"Vous ne connaissiez pas Bagosora à ce moment là, comment savez-vous que c'est lui qui a prononcé ces mots ?", a insisté l'avocat. "La réunion se
passait dans une salle dont la porte et la fenêtre étaient ouvertes", a rétorqué ce dernier.

D'après le témoin, cette réunion de mai 92 aurait débouché sur des affrontements dans la commune de Kayove en préfecture de Gisenyi (ouest du Rwanda), ce qu'a encore contesté Me Constant. Le témoin a ensuite concédé ne pas en avoir la certitude.

Bagosora est co-accusé avec l'ancien responsable des opérations militaires à l'Etat major de l'armée, le général de brigade Gratien Kabiligi, l'ancien commandant de la région militaire de Gisenyi (ouest du Rwanda), le lieutenant-colonel Anatole Nsengiyumva, ainsi que l'ancien commandant du bataillon para-commando de Kigali, le major Aloys Ntabakuze.

Les avocats franco-togolais Me Jean Degli, et canadien, Me André Tremblay, conseil et co-conseil respectifs de kabiligi et de Ntabakuze vont à leur tour contre-interroger ZF.

Le parquet est représenté par l'Américaine Barbara Mulvaney. l'accusation qui n'en est qu'à son deuxième témoin, entend en citer quelque 250. De l'avis des observateurs, cette affaire devrait durer au moins deux ans.

Le procès des militaires se déroule devant la troisième chambre de première instance du TPIR, présidée par le juge George Lloyd Williams de Saint Kitts
et Nevis, et composée en outre des juges, slovène, Pavel Dolenc, et sénégalaise, Andrésie Vaz.

La présente session sera ajournée jeudi et reprendra l'année prochaine. Initialement prévue jusqu’au 12 décembre, elle a été ajournée prématurément pour permettre à la troisième chambre de poursuivre le délibéré sur le procès de l’ancien maire de Bicumbi, préfecture de Kigali rural, Laurent Semanza.

GA/CE/GF/FH (ML-1204aA)