03.10.2002 - TPIR/RENZAHO - LES DROITS DU COLONEL RENZAHO ONT ETE RESPECTES, SELON UN JUGE

Arusha, le 3 octobre, 2002 (FH) - Le préfet de la ville de Kigali pendant le génocide de 1994, le colonel Tharcisse Renzaho, a été présenté jeudi devant un juge du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) qui a conclu que ses droits de suspect ont été respectés.

Arrêté à Kinshasa le 16 septembre et transféré dimanche dernier à Arusha, Tharcisse Renzaho est traité comme un suspect de génocide, de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre.

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Aucun acte d’accusation n’a encore été confirmé par un juge.

Le Règlement de procédure et de preuve du TPIR prévoit que "après son transfert au siège du Tribunal, le suspect assisté de son conseil comparaît sans retard devant le juge ayant rendu l'ordonnance initiale ou un autre juge appartenant à la même chambre de première instance, qui s'assure du respect de ses droits."

La voix grave et assurée, vêtu d’un costume bleu pétrole et d’une chemise blanche, Tharcisse Renzaho, 58 ans, a comparu devant la juge sénégalaise Andrésie Vaz. Elle a estimé que, depuis son arrestation, le suspect a été traité conformément au Règlement.

Les textes régissant le TPIR indiquent qu'avant D'être interrogé par le procureur, le suspect est informé de ses droits dans une langue qu'il parle et comprend. Il s'agit notamment du "droit à l'assistance D'un conseil de son choix, ou s'il est indigent, à la commission D'office D'un conseil à titre gratuit".

Tharcisse Renzaho a été assisté par "un conseil de permanence", le Tanzanien attaché au barreau D'Arusha, Me Francis Musei.

Le suspect
Né à Kabare I en commune de Kigarama (province Kibungo, est du Rwanda), Tharcisse Renzaho a effectué l'essentiel de sa carrière au sein des ex-Forces armées rwandaises (FAR).

Ingénieur de guerre, Tharcisse Renzaho a été formé dans des académies militaires en Allemagne, en France et en Belgique. Il entre en politique en 1990, à la faveur de "la guerre D'octobre" qui oppose alors les FAR à la rébellion à dominante tutsie du Front patriotique rwandais (FPR).

En effet, il est nommé le 5 octobre 1990 préfet de la ville de Kigali, un poste qui, en temps de paix, aurait été confié à un civil.

Pour accéder à ce poste, Renzaho aurait bénéficié du soutien politique d’un fidèle du président Habyarimana, le colonel Pierre-Célestin Rwagalifilta, alors en charge de la gendarmerie nationale. Sa nomination est D'autant plus symbolique qu'elle coïncide avec des rafles de milliers de personnes soupçonnées de complicité avec le FPR, effectuées à travers le pays par les autorités

Le 4 octobre, veille de sa nomination, Kigali avait connu une nuit agitée, marquée par des crépitements D'armes automatiques. La propagande officielle avait longtemps fait croire à une attaque du FPR sur la ville.

Tharcisse Renzaho entre en fonction dans ce climat de tension et met d’ emblée à profit ses qualités de militaire. Dès les premières réunions avec la population, il s'évertue à prodiguer moult conseils sur la manière de lutter contre "les infiltrations ennemies."

Kigali est alors en effervescence, suite aux effets conjugués de la guerre et du multipartisme renaissant. Le préfet partage son temps entre des réunions de sécurité, l'observation des manifestations, organisées ou spontanées, de partis politiques ou de jeunesse qui leur sont affiliées et la gestion quotidienne de sa ville dont les ressources s'amenuisent, les habitants confondant de plus en plus processus démocratique et affranchissement des impôts.

Le gouvernement intérimaire, qui entre en fonction après l'attentat contre l'avion du président Habyarimana au soir du 6 avril 1994 le maintient à son poste de préfet. Plusieurs organisations de défense des droits de l'homme le pointeront du doigt dans l'organisation du génocide qui s'ensuit.

Selon le livre d’Alison Des Forges "Aucun témoin ne doit survivre" publié par Human Rights Watch et la Fédération internationale des ligues de droits de l'homme, le suspect "réunit sans tarder ses subordonnés pour organiser des patrouilles et ériger les barrières destinées à capturer les Tutsis et à les tuer. Il était également en relation avec les milices qui lui obéissaient immédiatement quand il faisait des tournées en ville".

Des massacres ont été perpétrés dans plusieurs quartiers de la ville de Kigali. Une autre association de défense des droits de l'homme, African Rights, allègue la responsabilité du suspect, notamment au Centre D'études de langues africaines de Kigali (CELA), à la fin du mois D'avril 1994, où une quarantaine de Tutsis auraient été tués.

A la défaite du gouvernement intérimaire en juillet 1994, Tharcisse Renzaho, comme plusieurs de ses concitoyens, prend le chemin de l'exil. Trois ans plus tard, il échappe à un coup de filet tendu par la police kenyane et des enquêteurs du TPIR, dans le cadre de l'opération "NAKI" (Naïrobi-Kigali), au cours de laquelle sept Rwandais, dont l'ancien premier Jean Kambanda, sont interpellés.

La deuxième escapade tout aussi spectaculaire intervient en décembre 2000 en Zambie, quand le TPIR tente de faire arrêter certains officiers ex-FAR qui s'y étaient repliés suite à la chute de Pweto, ville voisine de la République démocratique du Congo voisine, où ils appuyaient l'armée gouvernementale confrontée à une rébellion soutenue par le Rwanda et l'Ouganda.

Tharcisse Renzaho a longtemps été considéré comme un des suspects de génocide les plus difficiles à appréhender, étant donné ses relations prétendument privilégiées avec le gouvernement de RDC. En 2000, il a même été vu sur une photographie publiée dans certains journaux, assis dans la tribune officielle, lors de la prestation de serment du président congolais Joseph Kabila.

Mais, depuis peu, la donne semble avoir changé pour les « exilés » rwandais en RDC. Joseph Kabila a en effet promis au président américain George Bush d’apporter son aide dans la capture des suspects de génocides réfugiés en RDC. Renzaho est un des premiers à pâtir de ces nouvelles dispositions. Washington a offert jusqu'à cinq millions de dollars à quiconque fournirait des informations qui permettront l'arrestation et le transfert vers Arusha D'une quinzaine de Rwandais censés se réfugier dans plusieurs pays D'Afrique centrale. Tharcisse Renzaho se trouvait sur cette liste américaine. Le suspect a demandé de ne pas commenter les circonstances de son arrestation. "C'est un élément très important de tout le complot", en vue du génocide, a déclaré un porte-parole du TPIR.

Kigali estime pour sa part que la RDC n'a pas fait "assez" et réclame l'arrestation D'un nombre plus important de militaires ex-FAR qui se trouveraient dans ce pays.

AT/CE/GF/FH (RE-1003A )