03.04.2002 - TPIR/BUTARE - UN TEMOIN ECHOUE A IDENTIFIER l'ACCUSE NTAHOBALI

Arusha 03 avril 2002(FH)- Le dixième témoin du parquet dans le procès de six personnes poursuivies pour génocide en province de Butare (sud du Rwanda) n’a pas réussi à identifier Arsène Shalom Ntahobali, qu’il accusait de l’avoir violé, a-t-on constaté mercredi au Tribunal pénal international pour le Rwanda(TPIR).

Désigné sous le pseudonyme "TN" pour protéger son identité, le témoin est une femme tutsie, rescapée des massacres de 1994 à Butare.

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Interrogée par la représentante nigériane du parquet, Adesola Adeboyejo, Mme "TN" a désigné un membre de la sécurité du TPIR présent au prétoire, comme étant Arsène Shalom Ntahobali qui l’avait violée.

Le témoin, agée de dix-sept ans au moment des faits allégués, avait affirmé devant la cour qu’en date du 21 avril 1994, Ntahobali l’avait violée après avoir déchiré ses vêtements à l’aide d’un couteau.

L’accusé aurait, par la suite, introduit un manche de raclette dans le sexe du témoin, avant d’ordonner à trois militaires sur place, de faire de même sur la victime, selon Mme TN. "Il leur a ordonné de faire des rapports sexuels avec moi, et leur a dit que s’ils étaient fatigués, qu’ils utilisent des manches. J’ai eu des rapports sexuels avec eux, et après, ils ont également introduit des manches dans mon sexe", a dit Mme TN, qui s’exprimait dans sa langue maternelle, le kinyarwanda.

Le témoin a indiqué que Shalom avait ordonné aux militaires d’avoir des rapports sexuels avec six autres jeunes filles enfermées avec elle dans une maison au bureau de secteur. "Nous y avons passé cinq jours" a indiqué le témoin , précisant qu’elles n’avaient rien à manger.

Ntahobali serait revenu violer Mme TN avant qu’elle ne soit conduite dans un camp de réfugiés au Burundi, où elle était contrainte d’être femme d’un militaire qu’elle a désigné par le seul nom d’Alexis. Ce dernier aurait par la suite ordonné à d’autres militaires de violer le témoin.

Mercredi matin, les équipes de la défense n’ont pas voulu contre-interroger le témoin. "Nous ne trouvons pas nécessaire de contre-interroger ce témoin, étant donné qu’elle n’a même pas pu identifier celui qu’elle accuse de l’avoir violée" a déclaré l’avocat canadien, Me Normand Marquis, co-conseil de Ntahobali.

Mme TN est le second témoin dans ce procès qui allègue avoir été violé par Shalom Ntahobali. Le 26 octobre dernier, un autre témoin, présenté sous le pseudonyme "TA" avait allégué avoir été violé à trois reprises par seize hommes, dont cet accusé .

Sont concernés par le procès de Butare, outre Arsène Shalom Ntahobali, sa mère Pauline Nyiramasuhuko, ex-ministre de la famille et de la promotion féminine, deux ex-préfets de Butare, Sylvain Nsabimana et Alphonse Nteziryayo, et deux ex-maires, Joseph Kanyabashi de Ngoma et Elie Ndayambaje de Muganza.
Le procès du groupe Butare se déroule devant la deuxième chambre de première instance du TPIR, présidée par le juge tanzanien William Hussein Sekule, et composée par ailleurs des juges malgache Arlette Ramaroson et lesothan Winston Churchill Matanzima Maqutu.

Jeudi, le procès a été suspendu jusqu'au 20 mai. La chambre poursuivra dans l'entre-temps le procès de l'ex-maire de Mukingo (préfecture Ruhengeri, nord du Rwanda), Juvénal Kajelijeli.

BN/AT/GF/FH(BT-0404A)