18.03.2002 - TPIR/CYANGUGU - LA DEFENSE S'OPPOSE AUX QUESTIONS RELATIVES A UN ACCUSE EN FUITE

Arusha 18 mars 2002 (FH) - La défense de l'ex-ministre des transports et communications sous le gouvernement intérimaire, André Ntagerura, s'est opposée à une série de questions concernant Yussuf Munyakazi, un accusé en fuite, lundi dans le procès du groupe Cyangugu (sud-ouest du Rwanda) en cours devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Lors du contre interrogatoire, la représentante néo-zélandaise du parquet, Andra Mobberley, a voulu savoir si le dixième témoin de la défense, dénommé "BZWH" pour protéger son identité, était "un des hommes de main" de Yussuf Munyakazi, un leader présumé des Interahamwe (milice civile de l'ex-parti présidentiel, le MRND) à Cyangugu durant le génocide de 1994.

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"Il n'a jamais été question de Yussuf Munyakazi lors de l'interrogatoire principal", a objecté l'avocat Canadien de Ntagerura, Me Benoît Henry, invitant la chambre à ne pas autoriser une telle ligne de questions.

Le parquet allègue qu'au lendemain de l'attentat contre l'avion du président Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994, Ntagerura aurait procédé à la distribution D'armes à feu aux Interahamwe à Bugarama, par le biais de Yussuf Munyakazi. Lors de l'interrogatoire principal, M.BZWH a affirmé qu'il n'a pas vu, ou appris le passage de Ntagerura dans la région après le 6 avril 1994. Il a cependant évoqué le passage du ministre en 1993, lors de l'inauguration D'un four à la CIMERWA (Cimenterie du Rwanda) à Bugarama, corroborant par-là les propos tenus par les témoins qui l'ont précédé.

M.BZWH a par ailleurs reconnu avoir été témoin D'entraînements militaires "aux bureaux communaux, sur des terrains de football ou sur les routes", et que "ces entraînements étaient suivis par la jeunesse de tous les partis politiques".

"Je m'occupais de mes propres affaires", a répondu M.BZWH à Andra Mobberley, qui voulait savoir si le témoin faisait partie du groupe D'Interahamwe de Yussuf Munyakazi. "Le procureur a des informations relatives à l'association criminelle (du témoin) avec Yussuf Munyakazi pendant qu'ils étaient au Congo", a alors déclaré Mobberley, suscitant une réaction de la défense.

"Vous devriez permettre des questions qui touchent sur des sujets précis", a relevé Me Benoît Henry à l'endroit des juges, invitant le procureur à poser "directement" des questions au témoin s'il voulait établir la responsabilité criminelle de ce dernier. "Le procureur veut faire des associations indirectes", a plaidé l'avocat.

Le témoin a quant à lui expliqué que Yussuf Munyakazi, qu'il connaît, était agriculteur et éleveur, et non pas homme D'affaires, comme l'a indiqué le procureur.

Le juge George Williams de Saint Kitts et Nevis, qui préside les débats, a autorisé le procureur à poser des questions sur l'association du témoin avec Yussuf Munyakazi, mais a averti que "ce sera là la limite".

Le témoin, qui a indiqué avoir fui en juillet 1994, a nié être au courant du fait qu'il serait recherché pour son appartenance au groupe D'Interahamwe de Yussuf Munyakazi, et pour des tueries commises à la CIMERWA en avril 1994, tel que révélé par Mobberley. Il avait, au cours de l'interrogatoire principal, reconnu avoir appris qu'il y a eu des tueries à la CIMERWA, "une ou deux semaines après la mort du président Habyarimana".

Le procès se déroule devant la troisième chambre de première instance, comprenant outre le juge Williams, les juges, russe Yakov Ostrovsky, et slovène Pavel Dolenc.

Ntagerura y est co-accusé avec l'ancien préfet de Cyangugu, Emmanuel Bagambiki, ainsi que l'ancien commandant du camp militaire de Karambo, le lieutenant Samuel Imanishimwe. Tous les trois plaident non coupables aux accusations de génocide et de crimes contre l'humanité commis à Cyangugu D'avril à juillet 1994. Yussuf Munyakazi devait initialement être jugé avec eux, mais il a été par la suite retiré de l'affaire, n'ayant pas été arrêté.

GA/AT/GF/FH (CY-0318A)