20.02.2001 - TPIR/MEDIA - LA RTLM DIFFUSAIT DES MESSAGES "TROUBLANTS", AFFIRME UN TEMOIN

Arusha 20 février 2001 (FH) - La Radio-télévision libre des mille collines, (RTLM), diffusait des messages "troublants", a affirmé un témoin entendu dans le procès des anciens responsables des "médias de la haine", en cours devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

"J'ai entendu plusieurs choses troublantes sur les ondes de la RTLM.

2 min 9Temps de lecture approximatif

Par exemple, le fait de dire aux gens de tuer les autres sur base de leur ethnie me semblait inacceptable", a indiqué le septième témoin de l'accusation qui a déposé lundi et mardi.

La RTLM donnait des indications sur des endroits où se cachaient des Tutsis et les tueurs se présentaient "pour les "nettoyer", a-t-il dit.

"La RTLM insistait surtout sur le fait de dire aux Hutus de s'unir pour combattre les Tutsis", a-t-il ajouté. "En fait, ses messages n'étaient pas constructifs", selon AGR.

Le témoin répondait en kinyarwanda aux questions du procureur, qui lui demandait notamment s'il avait entendu quelque chose de "troublant" dans les programmes de la RTLM.

Le procès des médias concerne l'ancien directeur de la RTLM, Ferdinand Nahimana, l'ancien conseiller politique au ministère des affaires étrangères et membre du comité D'initiative de la RTLM, Jean-Bosco Barayagwiza, et l'ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze.

Professeur D'histoire à l'Université nationale du Rwanda (UNR), Ferdinand Nahimana a D'abord été directeur de l'Office rwandais D'information (ORINFOR) avant D'être l'un des promoteurs de la RTLM. En 1994, il était candidat ministre désigné par l'ex-parti présidentiel, le Mouvement républicain pour la démocratie et le développement (MRND), pour le représenter au sein du gouvernement de coalition transitoire, auquel devait également être associée l'ex-rébellion à dominante tutsie, le Front patriotique rwandais (FPR).

Le témoin était journaliste à l'ORINFOR quand Ferdinand Nahimana en assurait la direction entre 1991 et 1992.

Désigné sous le pseudonyme "AGR" pour protéger son anonymat, le témoin a affirmé que Ferdinand Nahimana faisait de la discrimination contre les Tutsis quand il était à la tête de l'ORINFOR.

AGR a par ailleurs allégué que l'accusé n'acceptait pas de diriger les travaux de recherche des étudiants tutsis, lorsqu'il était professeur à l'UNR.

Ferdinand Nahimana aurait en outre fait partie des "comités de salut public", créés en 1972 et 1973, dans le but de chasser les Tutsis des milieux scolaires et universitaires ainsi que dans le secteur de l'emploi, a déclaré AGR.

La représentante américaine du parquet , Simone Monasebian, a soutenu que la déposition de ce témoin visait à démontrer que Ferdinand Nahimana haïssait les Tutsis.

La défense avait souligné, dans son mémoire préalable au procès, que l'accusé n'avait éprouvé, à aucun moment, un quelconque ressentiment contre les Tutsis. Ferdinand Nahimana est représenté par l'avocat français, Me Jean-Marie Biju-Duval, et une consoeur anglaise, Me Diana Ellis.

Le témoin n'a pas porté D'accusations particulières contre Hassan Ngeze et Jean-Bosco Barayagwiza. Il a simplement indiqué qu'il a vu plusieurs fois Hassan Ngeze couvrant l'actualité, ou participant à des manifestations politiques.

Il a ajouté qu'il n'avait jamais entendu Jean-Bosco Barayagwiza intervenir sur la RTLM. "Sauf s'il l'a fait à un moment où J'étais occupé", a-t-il dit. Le témoin devrait être contre-interrogé toute la journée de mardi par les avocats de la défense.

AT/PHD/FH (ME_0220A)