L'EX MAIRE ACCUSE PAR DES VICTIMES D'ETRE IMPLIQUE DANS LES TUERIES

Lausanne, 14 avril 1999 (FH) – Une mère de famille a affirmé mercredi devant le Tribunal militaire de division 2 que l'accusé, ancien bourgmestre de la commune de Mushubati, avait ordonné à la population de massacrer les Tutsis, lors d'une réunion tenue à la fin mai 1994.

Mariée à un Tutsi, cette mère de famille elle-même hutue a été entendue comme témoin, cachée du public présent à l'audience, pour préserver son anonymat.

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S'exprimant dans sa langue maternelle, le kinyarwanda, elle a décrit à la Cour militaire le comportement de l'accusé Fulgence Niyonteze, après son retour de l'étranger à Mushubati.

Commune "mal notée"

A la fin du mois de mai, le témoin aurait entendu le bourgmestre dire à un de ses subordonnés qu'il allait réunir la population pour lui ordonner de "rechercher les Tutsis". Le lendemain, elle s'était rendue à cette réunion, au sommet d'une colline dominant la commune, en portant dans son dos un enfant.

Lors de cette réunion, l'accusé aurait dit à la population que "la commune est mal notée, car seul le bétail et les maisons des Tutsis ont été attaqués". "Vous devez vous mettre au travail et tuer les Tutsis" aurait ordonné le bourgmestre, toujours selon le même témoin. L'accusé aurait ajouté que les femmes hutues mariés à un Tutsi devaient être aussi tuées.

"Ma fillette a été ensuite tuée par des miliciens, qui l'ont frappée avec un gourdin, dans mon dos", a poursuivi le témoin, d'une voix égale et sans émotion apparente. Une autre de ses huit enfants aurait été tuée et jetée dans des latrines.

Auparavant, un paysan hutu habitant la commune a témoigné au sujet de faits remontant à la même période. Le jour de la réunion publique sur le Mont Mushubati, son épouse tutsie a été enlevée par des miliciens Interahamwe. Elle a pu être libérée contre versement de 50'000 francs rwandais.

Le lendemain, elle a été emmenée à l'écart et assassinée sauvagement, après mutilation de son nez. "Le bourgmestre, que j'avais appelé à l'aide pour nous protéger, n'a rien fait pour intervenir en ma faveur" a déclaré le témoin. "Il aurait pu empêcher ces atrocités, il s'est mal comporté", a-t-il conclu.

Le même témoin a ensuite reproché à l'accusé d'avoir permis à des miliciens de prélever de l'argent sur son compte auprès de Banques populaires, en attestant une procuration, alors qu'il savait que l'épouse avait été tuée et que le mari était en fuite, pour mettre ses enfants en lieu sûr.

Rafles dans un évêché

Deux témoins, enseignantes tutsies, ont affirmé, mercredi après-midi, que le bourgmestre était venu organiser à plusieurs reprises des rafles dans l'enceinte de l'évêché de Kabgayi, où elles avaient elles-mêmes trouvé refuge. Fulgence Niyonteze serait venu accompagné de militaires et de miliciens.

"Le bourgmestre prétendait que la paix était revenue et demandait aux habitants de rentrer, amis ceux qui ont été emmenés n'ont jamais été revus" ont déclaré les enseignantes. "Il cherchait des intellectuels" a précisé l'une d'elles, mais "j'ai compris que c'était une ruse" a-t-elle souligné.

Situé près de la localité de Gitarama, cet évêché abritait au mois de mai 1994 entre 20 et 30'000 personnes réfugiés fuyant les violences. Ces réfugiés ont été libérés le 2 juin 1994 lors de la prise militaire du bâtiment par la rébellion du FPR (Front patriotique rwandais).

Contradictions dans les témoignages

Les témoins se sont exprimés par l'intermédiaire d'un interprète. Lors de leur interrogatoire par le président du Tribunal, par le procureur ou par la défense, des contradictions, parfois importantes, sont apparues par rapport aux déclarations faites lors de l'enquête du juge d'instruction sur place.

PHD/FH (FU§0414c)