01.07.07 - RWANDA/BELGIQUE - LE PROCUREUR AFFIRME QUE NTUYAHAGA EST COUPABLE

 

Bruxelles, 01 juillet 2007 (FH) - Le procureur fédéral a demandé aux jurés de déclarer l’ex-major rwandais Bernard Ntuyahaga coupable des faits qui lui sont reprochés dans son réquisitoire vendredi devant la cour d’assises de Bruxelles.
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Bernard Ntuyahaga, adjoint au G 4 (logisitique) de l’Etat-major des Forces armées rwandaises (FAR) est accusé par la justice belge d’avoir participé à l’assassinat de dix de ses Casques bleus à Kigali le 7 avril 1994, ainsi que d’avoir participé au meurtre du Premier ministre Agathe Uwilingiyimana le même jour et d’un certain nombre de citoyens rwandais entre le 6 avril et le 5 juillet 1994. L’ex-officier des FAR a toujours nié sa responsabilité dans ces faits. « Je vous demanderais de le déclarer coupable, lui qui a vécu comme un fantôme au Rwanda en 1994, a déclaré Philippe Meire, je vous demanderais de lui dire qui il est : un assassin de la pire espèce, qui a mené les Casques bleus dans un traquenard horrible, un criminel de guerre qui ne manifeste aucun remords. » Selon le procureur, les débats ont aussi mis en valeur des « charges accablantes » à propos de la responsabilité de Bernard Ntuyahaga dans la mort du Premier ministre, de plusieurs de ses voisins du quartier de Kiyovu (Kigali), ainsi que dans la tenue de barrières à Kiyovu et à Butare (sud) où il fut nommé commandant du camp de Ngoma le 6 juin 1994. Relevant les contradictions dans les versions des faits successives de l’accusé, Philippe Meire a listé les « sept mensonges » de Bernard Ntuyahaga, coupable, selon lui, de crimes de guerre et de participation et d’incitation à la commission de crimes de guerre. Il a soutenu que sa version, « pas crédible », selon laquelle il avait pris en charge les paras belges « par hasard » près de la résidence du Premier ministre avant de les déposer au camp Kigali où ils furent lynchés par des soldats mutins, avait été élaborée à l’instigation du colonel Théoneste Bagosora, en procès devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) et présenté comme le « cerveau » du génocide. « Comme par hasard, en octobre 94, Bagosora va donner la version de l’autostop, élaborée dans les camps de réfugiés Goma (est de la République démocratique du Congo) et transmise à l’auditeur belge Nicolas Van Winsen par le biais de son avocat de l’époque, Me Luc de Temmerman. Ce sera celle de Ntuyahaga. Bagosora et Ntuyahaga, c’est le même avocat, c’est le même combat», a-t-il déclaré. Selon l’acte d’accusation, Bernard Ntuyahaga aurait embarqué les Casques bleus chez le Premier ministre, après que la résidence ait été encerclée par des éléments des FAR, avant de les emmener au camp militaire de Kigali où il aurait diffusé une rumeur selon laquelle les Belges auraient abattu l’avion du président Juvénal Habyarimana, la veille, provoquant l’ire des soldats présents. Le procureur a par ailleurs fortement critiqué la défense « négationniste » de Me Luc de Temmerman, l’avocat de Bernard Ntuyahaga : « Certains ont voulu procéder à une relecture inacceptable. Le génocide des Tutsis est une vérité historique et judiciaire établie. La contester est une imposture intellectuelle, de même que tenter de rendre les Tutsis responsables de leur sort : c’est du négationnisme » a-t-il martelé. Bernard Ntuyahaga risque la peine maximale : la réclusion à perpétuité, qui « en fonction d’éventuelles circonstances atténuantes peut théoriquement être réduite à trois ans d’emprisonnement » a rappelé Philippe Meire. Après les plaidoiries de la défense, en début de semaine prochaine, les jurés auront d’abord à se prononcer sur la culpabilité de l’accusé ; dans le cas d’une reconnaissance de culpabilité, les parties se réuniront de nouveau pour plaider sur la durée de la peine. BF/AT/GF © Agence Hirondelle