AVIS PARTAGES APRES L’ARRESTATION DE L’ABBE MUNYESHYAKA

 Kigali, 27 juillet 2007 (FH - RWANDA/GENOCIDE) - Les avis restent partagés à Kigali une semaine après l’arrestation en France de l’abbé Wenceslas Munyeshyaka, ancien curé de la paroisse Sainte -Famille dans la capitale rwandaise.
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Munyeshyaka a été arrêté vendredi dernier en même temps que l’ancien préfet de Gikongoro (sud), Laurent Bucyibaruta, à la demande du procureur du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Il les accuse de génocide et de crimes contre l’humanité. Le procureur du TPIR souhaite que Munyeshyaka et Bucyibaruta soient jugés en France même, sur base d’un acte d’accusation qu’il a établi contre eux. Mais dans les sphères d'Ibuka (Souviens-toi), le Collectif d'associations des rescapés du génocide, on ne l’entend pas de cette oreille. En France, les deux hommes avaient déjà été placés sous contrôle judiciaire. Installé dans ce pays depuis 1995, Munyeshyaka s'était vu confier en 1997 un ministère aux Andelys (Eure). Depuis 2001, il est prêtre pour les paroisses de Gisors et de la Vallée de l'Epte."Plus de dix ans que l'abbé Wenceslas Munyeshyaka est en France. Curé de paroisse ! Hier, une mise en examen fantoche le juge innocent. Aujourd'hui le TPIR insiste, la France l'arrête. La Justice française, nous n'en avons aucunement confiance pour juger un tel cas!", s'indigne Kayitare, chef du département Justice au sein d'IBUKA."Du jour au lendemain, vous vous attendez à vous asseoir officiellement sur le banc des accusés, et d'un coup on vous demande de juger les actes dont vous êtes l'un des commanditaires. C'est ça la France et l'abbé Wenceslas Munyeshyaka!", ajoute un autre responsable d’Ibuka sous couvert d'anonymat.La France est accusée par les autorités rwandaises actuelles d’avoir armé l’ancien gouvernement et les milices hutues responsables du génocide des Tutsis. La France a toujours rejeté ces allégations. En novembre 2006, une cour militaire de Kigali a condamné Munyashyaka, par contumace, à la prison à vie. Il était coaccusé avec le général- major Laurent Munyakazi, qui a également été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. "C'est au Rwanda que Wenceslas Munyakazi devrait venir pour purger sa peine", déclare KayitareAnge, une jeune femme rescapée des massacres de l’église Sainte- Famille, ne reproche en revanche rien à l’abbé qui l’a évacuée vers un lieu plus sûr, l’hôtel des Mille collines pendant le génocide. « Mais s'il a des torts, il doit en répondre devant la justice », ajoute-t-elle. Un employé de longue date de la paroisse Sainte- Famille va dans le même sens. Pour lui, Wenceslas Munyeshyaka, " le Jeune, le sang chaud", comme il était souvent surnommé, est victime d'un règlement de compte de la part du parti au pouvoir, le Front patriotique rwandais (FPR), dont il disait qu’il est la cause des maux du Rwanda. « C'est la justice qui va le réhabiliter", déclare-t-il. La position officielle de l’église est que ceux parmi ses ministres qui ont des comptes à rendre aient le courage d’affronter la justice. Mais il n’est pas rare d’entendre qu'une volonté de persécuter l’église s'exprime lorsqu’un ecclésiastique est mis en accusation. SRE/AT/GF © Agence Hirondelle