L’EX-MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES « CLAME SON INNOCENCE »

Arusha, 13 août 2007 (FH - TPIR/GOUVERNEMENT II ) - L’ex-ministre des Affaires étrangères, Jérôme Clément Bicamumpaka, poursuivi pour génocide et crimes contre l’humanité, « clame son innocence », a déclaré lundi matin l’un de ses avocats, à l’ouverture de la présentation de ses moyens de défense.
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Originaire de Ruhengeri, dans le nord du Rwanda, Bicamumpaka, 50 ans, est jugé depuis le 6 novembre 2003 avec les anciens ministres de la Santé, Casimir Bizimungu, du Commerce, Justin Mugenzi, du Travail et de la Fonction publique, Prosper Mugiraneza. « L’accusé clame son innocence et en fera la démonstration. La chambre se devrait de l’acquitter », a affirmé l’avocat canadien Me Michel Croteau, au début d’une déclaration liminaire d’un peu plus de deux heures. De l’avis de Me Croteau, la thèse du procureur contre le chef de la diplomatie rwandaise pendant le génocide de 1994 est truffée de « contre-vérités, mensonges et éléments de preuve douteux ». L’avocat a décrit son client non seulement comme « un homme strictement capable de logique » mais aussi comme « un individu dont la sensibilité a été écorchée vive par les abominations de la guerre et les massacres de 1994 ». « C’est quasi par accident qu’il a été nommé ministre dans le gouvernement intérimaire le 9 avril 1994. Deux de ces co-accusés, Bizimungu et Mugenzi, ne le connaissaient même pas avant le 9 avril 1994. Avant, seul son nom était connu », a indiqué Me Croteau. Balthazar Bicamumpaka, le père de l’accusé, est l’un des artisans de l’indépendance du Rwanda recouvrée en 1962. L’avocat a expliqué que la priorité des priorités pour Bicamumpaka en tant que ministre des Affaires étrangères était « la reprise des négociations avec la rébellion du FPR » (Front patriotique rwandais, aujourd’hui au pouvoir). « Son champ d’action, c’était les relations diplomatiques et non les affaires internes du pays », a plaidé le défenseur, soulignant que Bicamumpaka n’a participé d’avril à juillet 1994 qu’à « quatre ou cinq réunions du conseil des ministres ». S’agissant des actes concrets qu’aurait posés l’ex-ministre en vue de l’arrêt des massacres, Me Croteau a notamment déclaré : « Bicamumpaka demandera que cessent les émissions diffamatoires de la RTLM (Radio libre des mille collines), mais il ne pourra jamais en assurer le suivi parce qu’il sera essentiellement à l’étranger ». « Il s’est acquitté honorablement de sa mission si l’on considère le peu de moyens dont disposait le gouvernement intérimaire dans cette situation de crise et de chaos », a conclu l’avocat. Après cette déclaration liminaire, Me Croteau a cité l’accusé comme premier témoin de sa défense. Bicamumpaka a relaté sa jeunesse, « dans un environnement baigné de politique », ses études d’économie et de gestion à Bruxelles et sa participation en 1991 à la création du Mouvement démocratique républicain (MDR), une formation qui allait s’imposer comme le principal adversaire du Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement (MRND) de feu le président Juvénal Habyarimana. Cette déposition devrait durer plusieurs jours. L'ex-ministre a été arrêté au Cameroun le 6 avril 1999. ER/AT/GF © Agence Hirondelle