Affaire Karake: Kagame dénonce « l'arrogance » de l'Occident

Affaire Karake: Kagame dénonce « l'arrogance » de l'Occident©AFPLe général Karenzi Karake
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Dans un discours qui était très attendu, le président rwandais Paul Kagame a vivement dénoncé l'arrestation samedi dernier à Londres de son chef des renseignements, fustigeant, « l'arrogance » et « le mépris » de l'Occident.

Le général Emmanuel Karenzi Karake a été appréhendé en exécution d'un mandat d'arrêt européen émis par un juge espagnol qui l'accuse de crimes commis au Rwanda entre 1994 et 1997. Il a été libéré jeudi sous caution par une cour britannique dans l'attente d'une audition fixée au 29 et 30 octobre prochains sur son extradition vers l'Espagne . La caution s'élève à 1 million de livres et le général qui devra se présenter quotidiennement à la police devra résider à Londres.

Le chef de l'Etat rwandais, qui s'exprimait lors d'une cérémonie à l'Assemblée nationale, a accusé le Royaume-Uni et l'Occident en général de s'en prendre à « ceux qui ont arrêté le génocide » des Tutsis de 1994 « alors que les génocidaires circulent librement dans leurs pays »

 « Un des hauts responsables du pays, qui a lutté pour la libération de notre pays, a été arrêté et mis en détention en Europe », s'est indigné le président rwandais qui dirigeait une cérémonie de prestation de serment de nouveaux parlementaires et d'un nouveau ministre.

« Le Royaume-Uni a volontairement ignoré son obligation de l'accueillir comme un responsable venant d'un pays qui a un peuple souverain. On ne peut pas continuer à mépriser les autres pays de la sorte et se vanter d'être un Etat de droit », a déclaré le chef de l'Etat rwandais.

Il s'en est pris à ceux qui accusent les membres de son ancienne rébellion du Front patriotique rwandais (FPR) aujourd'hui au pouvoir, affirmant qu'ils veulent réécrire, selon leur goût, l'histoire du Rwanda.

« Nous avons vécu notre Histoire. Elle ne nous a pas été racontée. Nous n'accepterons pas  que qui que ce soit la travestisse comme il lui plaît », a-t-il dit.

 

« Nous sommes forts »

 

 « Ceux qui passent leur temps à nous traiter de criminels ont tué des personnes innombrables, dont beaucoup d'Africains », a-t-il assené, faisant sans doute allusion aux hommes du continent tués à l'époque coloniale. « Nous ne sommes pas des criminels », a-t-il insisté.

« Nous sommes forts, nous ne devons pas nous laisser décourager car même lorsqu'ils ont tenté de nous exterminer, ils n'ont pas réussi, nous avons arrêté ça (…) Nous sommes un peuple digne, nous ne pouvons tolérer l'injustice », a déclaré le président rwandais aussitôt applaudi par la salle.

Il a cependant appelé ses administrés à rester calmes car, a-t-il expliqué, « ceux qui nous traitent de la sorte, nous devons leur dire que nous savons faire preuve de patience et que nous arrivons toujours à triompher ».

 La justice espagnole a entamé au début de la semaine la procédure visant à son transfèrement à Madrid.

Pendant ce temps, des manifestations ont lieu au Rwanda pour exiger la libération de l'officier général.

Mercredi, des centaines d'habitants de Kigali ont protesté devant l'ambassade de Grande Bretagne et certains y ont même passé la nuit, jurant ne pas être prêts à lâcher prise avant la remise en liberté de leur « héros ».

Jeudi matin, des centaines de protestataires sont également descendus dans les villes de provinces, paralysant quasiment l'activité économique, notamment à Musanze, dans le nord, et à Huye, dans le sud.

A la radio et à la télévision gouvernementales, des universitaires rwandais dénoncent « les dérives » de la compétence universelle.