26.03.08-TPIR/SEROMBA - LA CONDAMNATION DE L’ABBE SEROMBA SALUEE PAR SES EX-PAROISSIENS

Nyange (ouest du Rwanda), 26 mars 2008 (FH) - La récente condamnation à la prison à vie de l’abbé Athanase Seromba, vicaire à Nyange (ouest du Rwanda) en 1994, a été saluée par ses anciens paroissiens, a constaté sur place l’agence Hirondelle.
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Le 12 mars, la chambre d’appel du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a annulé une précédente décision condamnant le prêtre à 15 ans de prison et l’a remplacée par une peine de réclusion criminelle à perpétuité.

"La justice a fait son travail. Elle s'est prononcée sur un cas. Cela ne devrait affecter personne ici à Nyange, puisqu'il n'était émissaire de personne parmi nous", déclare Jean Baptiste Kagenza, un enseignant.

"Les 15 ans en première instance, c'était se moquer des gens. C'était du révisionnisme. Sans Seromba et son groupe, il n'y aurait pas eu de génocide à Nyange", indique pour sa part un rescapé.

L’église de Nyange a été détruite par un bulldozer le 16 avril 1994, tuant dans son effondrement, près de 1.500 Tutsis qui y avaient cherché refuge.

Le rescapé affirme se souvenir de Seromba qui déménage le matériel avant d'enfermer les réfugiés, du conducteur du bulldozer, incrédule, qui fait répéter à l'abbé, à 3 reprises. Il se souvient également de l'ordre de détruire l'église, de l'indication du côté le plus fragile de la bâtisse, de ses réunions avec Kayishema, Kanyarukiga, Ndungutse et Rushema, tous des dignitaires locaux. "J'ai tout dit à Arusha, je suis content pour la sentence", déclare ce rescapé qui a témoigné pour l'accusation.

Pour Iraduha Rukundo, 20 ans, "s'il (Seromba) avait refusé qu'on détruise l'église et qu'on tue les gens, peut-être qu'on l'aurait tué. Les choses ne seraient pas ce qu'elles sont aujourd'hui et on dirait du bien de lui".

Des gens se bousculent pour donner leur avis, dont une vieille femme de 80 ans, chapelet en main, qui estime qu’un pasteur « qui tue ses brebis ou tout simplement les trahit n'est bon que pour la géhenne ». « Imaginez qu'à mon age je l'appelais 'mon père'! Et d'un coup, en 1994, diable parmi les autres diables, il autorise la destruction de notre église et la mort de brebis innocentes!".

En 1994, Seromba avait environ 39 ans.

Montrant les 12 stèles qui marquent 12 tombes communes, les décombres de l’église, un lieu transformé en un mémorial mal entretenu, la vieille estime, presque en sanglots, que « ce qui lui arrive n'est pas proportionnel » aux crimes commis.

"Qu'il soit coupable ou pas, comme confrère, je suis choqué par ce qui s'est passé et ce qui lui arrive", déclare pour sa part l'abbé Eugène Urayeneza, l'actuel curé de la paroisse de Nyange. "Les gens disent beaucoup, témoignent... J'en suis choqué! Quand il a été condamné à 15 ans, les gens ont failli organiser des manifestations de protestation".

Pour l'abbé Urayeneza, tout le monde a été affecté à Nyange par les événements de 1994. Il y a beaucoup de blessures, dit-il. "Il y a des chrétiens qui attendent que leur église soit reconstruite pour revenir à la messe. Ils ne comprennent pas pourquoi on a détruit leur église". 14 ans après, le culte a lieu dans une église de fortune, sans murs, soutenue par des piliers en bois et couverte de tôles trouées qui ne protègent guère contre les intempéries.

SRE/AT/GF
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