La situation demeurait confuse jeudi dans l'aciérie d'Azovstal, dernière poche de résistance ukrainienne à Marioupol (sud), où Kiev affirme que les combats se poursuivent alors que Moscou et l'ONU évoquent l'évacuation de civils.
Au 71e jour de la guerre, un nouveau convoi de l'ONU était jeudi en route pour l'usine afin d'évacuer les civils qui y sont pris au piège, selon un responsable des Nations unies. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a confirmé à l'AFP qu'une opération était en cours "en coordination avec l'ONU et les belligérants".
L'aide militaire et en matière de renseignements des Occidentaux à l'Ukraine empêche la Russie d'achever "rapidement" son offensive chez son voisin, a indiqué le Kremlin, assurant néanmoins que tous ses objectifs seraient remplis.
Voici un point de la situation, à partir d'informations des journalistes de l'AFP sur place, de déclarations officielles ukrainiennes et russes, de sources occidentales, d'analystes et d'organisations internationales.
- Le Sud -
La Russie reste "prête" à ce que les civils terrés avec des combattants ukrainiens dans l'usine Azovstal soient évacués de manière "sûre", a affirmé jeudi le président russe Vladimir Poutine. En ce qui concerne les combattants, "il faudrait que les autorités de Kiev leur donnent l'ordre de déposer les armes", a-t-il poursuivi.
"Les Russes ne respectent pas leur promesse de trêve et ne permettent pas l'évacuation des civils", avait pourtant affirmé auparavant un commandant du bataillon Azov qui défend l'aciérie.
Un conseiller du président ukrainien Volodymyr Zelensky avait aussi affirmé que les forces russes étaient entrées mercredi dans l'usine. "Nous avons de nombreuses informations, souvent contradictoires" sur la situation, a-t-il admis.
Des explosions ont eu lieu par ailleurs à Mykolaïv. "L'ennemi a perdu le contrôle de plusieurs localités près des régions de Mykolaïv et Kherson", selon l'état-major ukrainien.
Des assauts russes infructueux ont été observés à Novosilka et Orihiv, tandis que les Ukrainiens bombardaient les lignes d'approvisionnement ennemies. Un convoi russe a été détruit mercredi, affirme de son côté l'Institut américain pour l'étude de la guerre (ISW).
- L'Est -
Une frappe russe a fait deux morts et onze blessés, tous des civils, dans le village de Chandrygolove, a déploré un responsable de la région de Donetsk.
Mais l'ISW estime que la résistance ukrainienne bloque les offensives russes. "Il semble de plus en plus improbable que les forces russes qui attaquent au sud d'Izioum soient capables d'encercler (les Ukrainiens) dans la zone de Rubijné", commente-t-il.
Les Russes ont apparemment échoué à fusionner leurs offensives vers le sud-est d'Izioum et l'ouest de Lyman, Slovyansk et Kramatorsk.
- L'Ouest -
Les Russes ont frappé de nombreuses cibles dans l'Ouest, depuis Lviv jusqu'à la région montagneuse jusque-là préservée de Transcarpatie, non loin de la frontière hongroise. Ils veulent semble-t-il perturber les approvisionnements occidentaux en soutien à Kiev.
"Six missiles de croisière ont frappé des sous-stations électriques près des gares ferroviaires de Lviv et de la région de Transcarpatie (sud-ouest)", sur les frontières avec Roumanie, Hongrie et Slovaquie, affirme l'ISW.
L'institut cite un responsable militaire américain selon lequel entre 200 et 300 frappes russes ont été conduites en 24 heures sur des infrastructures de transport de la région.
- Le Nord -
Une personne a été tuée et un enfant blessé dans une frappe russe près de Kharkiv. Des sources russes et ukrainiennes ont confirmé qu'une contre-offensive avait repoussé les Russes à 40 kilomètres de la ville.
Aux frontières nord de l'Ukraine, le Bélarus, allié de Moscou, a annoncé des manoeuvres militaires "surprise". Des exercices saisonniers qui ne changent pas l'équilibre des forces, assure le ministère britannique de la Défense.
Mais Moscou pourrait "gonfler la menace qu'ils représentent afin de fixer les forces ukrainiennes dans le Nord et les empêcher de s'engager dans la bataille pour le Donbass", fait-il valoir.
- Bilan humain -
Il n'existe aucun bilan global des victimes civiles du conflit. Rien qu'à Marioupol, les autorités ukrainiennes ont parlé il y a plusieurs semaines de 20.000 morts. Et les enquêteurs ukrainiens affirment avoir identifié "plus de 8.000 cas" présumés de crimes de guerre.
Sur le plan militaire, selon un bilan du ministère ukrainien de la Défense donné samedi dernier, l'armée russe a perdu 23.000 hommes, 190 avions et 1.000 chars depuis le début de son offensive.
Le Kremlin a récemment admis des "pertes importantes". Certaines sources occidentales font état de jusqu'à 12.000 soldats russes tués.
Le président Volodymyr Zelensky a déclaré qu'environ 2.500 à 3.000 soldats ukrainiens avaient été tués et quelque 10.000 blessés.
Aucun chiffre indépendant n'est disponible.
- Déplacés et réfugiés -
Selon le Haut Commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR), plus de 5,4 millions d'Ukrainiens ont fui leur pays. Les femmes et les enfants représentent 90% de ces réfugiés, les hommes de 18 à 60 ans, susceptibles d'être mobilisés, n'ayant pas le droit de partir.
Plus de 7,7 millions de personnes ont quitté leur foyer mais se trouvent toujours en Ukraine, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).