06.05.08 - TPIR/KAREMERA - UN TEMOIN DE LA DEFENSE ACCUSE LE PROCUREUR DE MACHISME

Arusha, 6 mai 2008 (FH) - Un témoin de la défense dans le procès de trois anciens politiciens a accusé le procureur de machisme mardi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).
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Protégée par le pseudonyme XQL, cette femme, ancien haut fonctionnaire rwandais et cadre du parti présidentiel, s'est vue demander si elle n’avait pas été, à un moment de sa vie, fiancée avec Juvénal Habyarimana, l'ancien chef de l’Etat. Cette question posée par le procureur Iaian Morley (Irlande) a été considérée comme « scandaleuse » par l’ensemble des équipes de défense.

«J’appelle ça des démarches de macho» a répondu le témoin, très indigné, expliquant qu’il est malheureux de penser qu’une femme ne peut accéder à un poste de responsabilité sans se servir de ses charmes. Elle a expliqué qu’en sa double qualité de sociologue et d’agrégée de l’enseignement secondaire et supérieur, il n’était pas étonnant qu’elle ait exercé des fonctions importantes dans son pays.

XQL est venue témoigner en faveur d’Edouard Karemera, le vice-président de l’ex-parti présidentiel, un des accusés dans ce procès qui a commencé en septembre 2005. Son avocate, Me Diagne Dior s'est dite "scandalisée". Elle a regretté que le procureur puisse manquer de respect à l’égard de cette « respectable et digne dame » en la faisant « fiancée à un homme qui n’est même plus de ce monde ».

Juvénal Habyarimana a été tué au cours de l’attentat contre son avion le 6 avril 1994. Cet attentat a servi de détonateur au génocide des Tutsis.

Constatant que le procureur n’en démordait pas, le co-conseil de Karemera, Me Félix Sow, a renchéri: « je pense que trop c’est trop, c’est de la persécution et de l’acharnement ».

Karemera est accusé avec Joseph Nzirorera et Mathieu Ngirumpatse, respectivement secrétaire général et président de l’ex-parti présidentiel.

Le co-conseil de Nzirorera, Me Patrick Nimy, a invité la chambre à considérer « la sortie malheureuse de Me Morley comme un outrage ». « Elle est impertinente. Elle n’a rien à voir avec la cause. Cela ne correspond pas à l’idée que je me suis toujours fait du travail de la justice » et en particulier celui l’accusation, s’est plaint Me Nimy.

Me Frédéric Weyl, le conseil de Ngirumpatse, de son côté, a estimé que cette ligne de questions était conforme à la logique du procureur qui, selon lui, se base sur des « témoins complaisants », « la preuve par fabrication », « la chasse aux ragots », « les affabulations ». Il a par ailleurs accusé Ian Morley de « fouiner dans les poubelles de l’histoire ». « Le procureur ne se grandit pas par les questions qu’il pose », a conclu l’avocat de Ngirumpatse.

Les contre-interrogatoires visent notamment à tester la crédibilité des témoins. Certaines questions sont ainsi destinées à les déstabiliser. En 2001, lors du contre interrogatoire d'une femme violée dans le procès Butare, un avocat avait ainsi provoqué des rires qui avaient fait scandale. Le Rwanda avait alors temporairement interdit à ses ressortissants de venir témoigner.

AT/PB/GF

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