08.05.08 - TPIR/TEMOIN - LA POLICE TANZANIENNE RECHERCHE LE TEMOIN DISPARU DU TPIR

Arusha, 8 mai 2008 (FH) - La police tanzanienne a lancé, en collaboration avec le service de sécurité du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), une opération visant à retrouver un témoin qui a disparu mystérieusement d’une «maison sécurisée» du tribunal à Arusha.
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Le témoin, un rwandais seulement désigné par le nom de code GFA, avait été rappelé à la barre après avoir admis qu’il avait fait un faux témoignage dans une précédente déposition devant ce tribunal, chargé de juger les principaux responsables présumés du génocide de 1994.

Il a disparu alors qu’il était sous la garde d’éléments de la police tanzanienne, supervisés dans cette tâche par des agents du TPIR, quelques heures seulement avant sa nouvelle comparution.

Le chef de la police tanzanienne à Arusha, M. Basilio Matei, a clarifié que le rôle de ses hommes se limitait à contrôler l’entrée de la maison sécurisée et que toutes les opérations à l’intérieur de l’enceinte relevaient de la responsabilité du tribunal. Seuls des véhicules du TPIR avec du personnel du TPIR entrent à l’intérieur.

Les « maisons sécurisées » sont des villas ordinaires louées par le TPIR dans la ville d’Arusha et souvent ceintes de hauts murs, visant à protéger l’identité des témoins et à les mettre à l’abri d’une quelconque influence extérieure, dans le but de laisser la justice aller librement son cours. Celle où était hebergé GFA, la maison numéro 4, est entourée de murs très hauts, a expliqué à Hirondelle un avocat.

Le porte-parole du TPIR, Roland Amoussouga, a indiqué que des recherches étaient en cours. « Le TPIR et le gouvernement hôte font tous les efforts nécessaires pour le localiser », a-t-il assuré.

Le commandant Matei a déclaré à l’agence Hirondelle que les premières informations tendent à indiquer que le témoin a sauté par-dessus le mur de la maison sécurisée, alors qu'il effectuait des exercices physiques.

Dans la maison, il a cependant laissé un message expliquant qu'il se rendait chez son amie, sans indiquer le nom de cette dernière ni le lieu où elle réside, a expliqué le responsable. Dans ce message, le témoin se plaint de ne pas avoir reçu les 400 dollars qu’il attendait pour pouvoir les envoyer à sa famille. Les témoins qui viennent devant le TPIR sont indemnisés à hauteur de 20 USD par jour. Il y explique également qu’il avait souhaité séjourner seulement deux semaines à Arusha, mais que ce délai avait été prolongé. Les autres effets personnels de GFA ont été retrouvés intacts.

GFA avait témoigné pour l’accusation dans plusieurs procès, dont celui de 4 ex-ministres du gouvernement intérimaire en place pendant le génocide de 1994.

Parmi les accusés, figure l’ex-ministre des Affaires étrangères, Jérôme Bicamumpaka.

Récemment, GFA avait contacté la défense de Bicamumpaka pour lui dire qu’il avait menti lors de son témoignage à charge, en échange de sa libération d’une prison du Rwanda où il était poursuivi pour des crimes en rapport avec le génocide de 1994.

La chambre avait alors autorisé les défenseurs de l’ex-ministre à aller rencontrer à Kampala (Ouganda) le témoin en présence d’un représentant du procureur.

Avant d’entendre sa nouvelle déposition, à son retour à Arusha, la chambre lui a d’abord expliqué qu’un faux témoignage est passible de sanctions. Il a alors demandé l’ajournement pour bénéficier de l’assistance de juristes. Aprés avoir rencontré de nouveaux des avocats, il aurait du comparaitre mardi.

Cette mystérieuse disparition a provoqué un certain émoi au tribunal, où l'enquête a été confiée au service des "enquêtes spéciales". Les débats ont été reportés à lundi

Depuis le début des procès en 1997, plus de 2.000 témoins ont défilé devant les chambres, dont la plupart étaient des témoins protégés comme GFA.

Le tribunal a prononcé 30 condamnations et 5 acquittements. Onze procès sont en cours tandis que dans 4 autres affaires, les jugements sont en délibéré.

Six personnes détenues au siège du TPIR à Arusha attendent le début de leur procès, trois sont encore détenues en Europe tandis que 13 sont encore en fuite alors que le Conseil de sécurité a demandé que les procès en première instance se terminent avec cette année.

SC/NI/ER/PB/GF
© Agence Hirondelle