Sans information, pas de réconciliation

Les diamants de sang : l’ONG Civitas Maxima continue le combat

Les diamants de sang : l’ONG Civitas Maxima continue le combatPhoto de l’affiche du film
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Il n’y aura pas de procès des « diamants du sang » avec Michel Desaedeleer comme principal accusé. Ce citoyen belge et américain arrêté à Malaga (Espagne) en août 2015 est décédé le 28 septembre dans sa cellule à Bruxelles. Il était accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité pour des faits de pillage, traitements dégradants et inhumains en Sierra Leone. « Un coup dur » confirme Alain Werner de Civitas Maxima, une ONG qui était à la commande sur ce dossier. La mort soudaine de Desaedeleer éteint l’instruction. « Les victimes et tous ceux qui sont battus avec elles, que ce soit les avocats ou les enquêteurs et autres protagonistes du côté des victimes partagent la déception et l’amertume de celles-ci. Les autorités belges ont travaillé dur et avec beaucoup de diligence doivent être aussi très déçus que cette procédure se termine ainsi » affirme Alain Werner.

Les faits se seraient déroulés durant la guerre civile au Sierra Leone plus précisément entre 1999 et 2001 dans la région de Kono, période durant laquelle l’homme d’affaires aurait trafiqué des diamants avec le groupe rebelle le Front révolutionnaire uni (RUF) et le président du Liberia Charles Taylor. Un trafic qui a nourri une guerre civile qui a fait plus de 50 000 morts.

Taylor purge aujourd’hui une peine de prison au Royaume-Uni après sa condamnation par le Tribunal spécial de Sierra Leone pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité (SCSL).

L’ONG suisse Civitas Maxima créée en 2012 en collaboration avec l’avocat Luc Walleyn, le Center of Accountability and Rule of Law (CARL) à Freetown et les autorités belges s’étaient engagés ces dernières années afin que Michel Desaedeleer soit arrêté. « Lorsque je travaillais comme Senior Counsel pour l’organisation Aegis Trust (une ONG qui lutte contre les génocides) à Londres, j’ai commencé à enquêter sur les activités de Michel Desaedeleer pendant la guerre civile. J’ai rencontré en Sierra Leone des victimes d’esclavage dans les mines de diamants et il a été décidé avec elles et l’avocat belge Luc Walleyn de déposer une plainte en Belgique contre Michel Desaedeleer en janvier 2011 pour pillage comme crime de guerre et travail forcé comme crime contre l’humanité. L’arrestation de Michel Desaedeleer n’est survenue que fin août 2015 soit plus de quatre ans et demi après le dépôt de la plainte initiale » raconte Alain Werner.

Cette affaire était exemplaire. Pour la première fois un homme d’affaires impliqué dans les trafic et pillage de ressources naturelles dans un contexte de guerre civile était poursuivi. Desaedeleer, quant à lui, invoquait la légalité de ce contrat signé avec Foday Sankoh, le leader du RUF. A ce jour, la seule procédure ayant eu lieu dans ce même contexte est le procès à l’encontre du néerlandais Guus Kouwenhoven, accusé de crimes de guerre pour avoir vendu des armes à Charles Taylor en échange de concessions forestières au Liberia. Acquitté en première instance sur les chefs de crimes de guerre, son procès semble toujours en cours devant la Cour d’appel.

Cependant, Civitas Maxima poursuit son travail d’enquête sur les autres acteurs financiers ayant joué un rôle dans ce trafic de diamants « Nous continuons à explorer d’autres voies sur la possible implication d’autres personnes dans le commerce de diamants du sang de Sierra Leone autour des années 1999-2001. Toute personne qui a des informations peut nous contacter à ce sujet. » Alain Werner espère d’ailleurs que l’implication des autorités belges fasse à l’avenir des émules auprès d’autres Etats dans leur engagement en faveur de la lutte contre l’impunité. « Cette procédure ne fait que renforcer notre conviction que ce genre de dossier est nécessaire, malgré la façon dont les choses se sont terminées dans ce cas précis. »

En parallèle, leur travail d’enquête avait permis de faire arrêter Alieu Kosiah, un ancien commandant du Mouvement uni de libération pour la démocratie (ULIMO) en Suisse en novembre 2014. Il est soupçonné d’avoir participé aux crimes de guerres perpétrés dans la région ouest du Libéria entre 1993 et 1995. L’instruction est en cours.

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