Sans information, pas de réconciliation

Centrafrique: la mise en oeuvre de l'accord de paix multiplie les retards

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Plus de trois mois après sa signature, la mise en oeuvre de l'accord de paix en Centrafrique entre le gouvernement et 14 groupes armés accumule les retards, renforçant la position des groupes armés, estiment les observateurs.

"J'ai de bonne foi mis en place un gouvernement inclusif, nommé les représentants désignés des groupes armés dans les institutions de la République, créé la commission inclusive de suivi et de mise en oeuvre de l'accord", a souligné mardi le président centrafricain Faustin Archange Touadera, dressant un bilan de l'application de l'accord de paix.

Mais ces premières réalisations ont pris plus de temps que prévu, un retard qui se répercute sur le calendrier prévu par l'accord de Khartoum, préparé par l'Union africaine et signé en février dans la capitale soudanaise.

En particulier, la désignation d'un premier gouvernement, début mars, avait soulevé une vague de protestation chez les groupes armés qui ne le trouvaient pas assez inclusif - en clair, ils exigeaient davantage de maroquins ministériels.

Un remaniement a finalement été annoncé le 22 mars avec l'entrée de nouveaux représentants de groupes armés, même s'ils restaient toujours absents aux commandes des ministères régaliens.

"On a perdu du temps. Le gouvernement est pressé par l'Union africaine et par les groupes armés pour une mise en oeuvre de l'accord, via des exigences individuelles, comme des nominations personnelles", analyse une source politique qui travaille sur l'accord.

De fait, les tractations pour former le gouvernement ont retardé la mise en oeuvre des autres points prévus par l'accord, comme la création de la Commission vérité, justice, réparation, réconciliation, qui aurait dû être mise en place "90 jours après la signature de l'accord" et qui en est encore à ses balbutiements.

Il reste aussi à organiser des consultations populaires chargées de recueillir les attentes de la population, afin d'élaborer un projet de loi qui sera soumis à l'Assemblée.

- "Mauvaise foi" -

De même, les Unités spéciales mixtes de sécurité (USMS), associant les membres des forces de défense et de sécurité à ceux de groupes armés, qui devaient entrer en fonction 60 jours après la signature de l'accord, n'ont pas encore vu le jour. Les listes des hommes que les groupes armés veulent voir intégrer les USMS sont en train d'être déposées - quelques 2.000 miliciens devraient ainsi être incorporés, selon une source diplomatique occidentale.

Si le gouvernement a pris du retard, les groupes armés ont eux, très peu honoré leurs engagements. "Les groupes armés n'ont fait aucun pas, à part la cessation relative des hostilité entre eux", grince une source diplomatique.

Les groupes les plus puissants n'ont pas déposé les armes ni levé leurs barrières, comme le prévoyait l'accord.

Pour le chercheur Thierry Vircoulon, de l'Institut français des relations internationales (Ifri), "la persistance de l'insécurité dans les zones des groupes armés est le signe à la fois de la mauvaise foi des signataires de l'accord et du déséquilibre de cet accord en faveur des groupes armés".

"Ils réclament à la fois l'officialisation de leur contrôle politique et économique sur certains territoires et l'accès aux ressources d'Etat, cela fait beaucoup !".

Le Conseil national de défense et de sécurité (CNDS, qui regroupe plusieurs groupes issus de l'ex-Séléka, ex-rébellion musulmane) et l'Unité pour la paix en Centrafrique (UPC, un autre groupe armé) ont en outre accusé le gouvernement de violer l'accord après le déploiement de soldats de l'armée régulière (Faca) dans leur zone, alors qu'ils s'étaient auparavant engagés "à mettre immédiatement et irrévocablement fin à toute obstruction au redéploiement des autorités civiles ou militaires".

"Ces groupes ont tout intérêt à faire traîner cette situation qui renforce leur position. Ils ont désormais un statut officiel, en plus d'être à la tête d'une force armée", analyse la source diplomatique, qui craint "des risques de scission au sein de ces groupes", dont certains sont en proie à des grognes internes.

Dans une lettre datée du 3 mai dont l'AFP a obtenu une copie, un important général du Mouvement patriotique pour la Centrafrique (MPC, également issu de l'ex-Séléka) a ainsi présenté sa démission du mouvement, dénonçant des prises de décisions unilatérale, "sans avoir consulté la base".

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