Sans information, pas de réconciliation

Cachemire indien: le Pakistan veut une enquête de l'ONU, craint un "génocide"

2 min 12Temps de lecture approximatif

Le ministre pakistanais des Affaires étrangères a demandé mardi au Conseil des droits de l'homme de l'ONU d'ouvrir une enquête sur les actions de l'Inde dans le Cachemire indien, craignant qu'un "génocide" s'y produise.

"La population du Jammu-et-Cachemire occupé craint le pire (...). Je tremble à l'idée de mentionner le terme de génocide ici, mais tout de même c'est ce que je dois faire", a déclaré Shah Mehmood Qureshi, devant le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU à Genève.

Le Cachemire, divisé entre l'Inde et le Pakistan depuis 1947, est à l'origine de deux conflits majeurs et de heurts innombrables entre ces deux pays.

Les tensions se sont ravivées depuis l'annonce début août par les autorités indiennes de la révocation du statut spécial du Jammu-et-Cachemire, une décision prise par l'Inde pour libérer du "terrorisme et du séparatisme" ce territoire himalayen à majorité musulmane revendiqué par le Pakistan.

Depuis, New Delhi mène dans le Cachemire indien une politique de bouclage drastique dans cette région, imposant un couvre-feu et des coupures de téléphone et d'internet.

"Ces six dernières semaines, ce territoire a été transformé par l'Inde en la plus grande prison de la planète", a déclaré le ministre pakistanais, selon qui plus de 6.000 personnes ont ainsi "été arrêtées sans autres formes de procès" au cours des six dernières semaines.

"Les villes, les montagnes, les plaines, vallées abandonnées, traumatisées dans le Jammu-et-Cachemire rappellent le Rwanda, Srebrenica, les Rohingyas et le pogrom de Gujarat. Une catastrophe est sur le point de se produire", a-t-il ajouté.

S'exprimant également devant le Conseil, la vice-ministre indienne des Affaires étrangères Vijay Thakur Singh a accusé le Pakistan d'être "l'épicentre du terrorisme mondial" et expliqué que les "mesures temporaires" prises dans le Cachemire ont été "prises pour assurer la sécurité face à la menace du terrorisme transfrontière".

L'Inde fait face depuis des décennies à une rébellion armée soutenue, selon New Delhi, par Islamabad et qui a fait des dizaines de milliers de morts, pour la plupart des civils.

- "Attaque" -

Le ministre pakistanais a également soutenu les appels du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme demandant une enquête internationale. "Il faudrait des mesures pour traduire en justice les auteurs de violations des droits humains (...) et donc créer une commission d'enquête internationale".

Depuis 2018, le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a demandé à plusieurs reprises au Conseil des droits de l'homme de lancer une telle enquête, qui est généralement réservé aux crises majeures, comme par exemple le conflit en Syrie.

Le Conseil, dont les 47 Etats membres peuvent lancer une enquête si une majorité de pays le demandent, est réuni en session jusqu'au 27 septembre, et le ministre pakistanais a invité les diplomates à se saisir de la question du Cachemire indien. Il a expliqué qu'il ne s'agissait pas d'affaires "intérieures" indiennes et qu'il craignait que l'Inde "attaque" le Pakistan au nom de la lutte contre le "terrorisme".

New Delhi, mais également Washington, accusent en effet depuis longtemps le Pakistan d'attiser l'insurrection au Cachemire indien et d'armer les groupes jihadistes.

A l'ONU, la Haut-Commissaire aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, s'est dite elle lundi "très préoccupée par les actions récentes" prises par l'Inde et a jugé "important que le peuple du Cachemire soit consulté sur les décisions sur son avenir".

Partager
Abonnez-vous à la newsletter