Sans information, pas de réconciliation

CPI: 2 ex-chefs de milices impliqués dans une "campagne de terreur" en Centrafrique

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Deux ex-chefs de milice centrafricains, Patrice-Edouard Ngaïssona, président de la Fédération centrafricaine de football, et Alfred Yekatom, député, ont été impliqués dans une "campagne de violences et de terreur" contre des civils, a déclaré jeudi la procureure de la Cour pénale internationale (CPI).

Les deux anciens chefs de milice antibalaka sont accusés par les services de la procureure Fatou Bensouda d'une longue série de crimes sanglants. Plus de 100 chefs d'accusations, dont des meurtres, viols, actes de torture et mutilations.

"Ngaïssona et Yekatom sont ici aujourd'hui en raison de leur implication criminelle dans une campagne de violences et de terreur mêlant civils et enfants" en 2013 et 2014, a déclaré le procureur Kweku Vanderpuye.

Ngaïssona, 52 ans, et Yekatom, 44 ans, tous deux vêtus d'un costume sombre, sont apparus jeudi devant les juges de la CPI afin d'entendre les charges retenues contres eux par l'accusation durant une audience dite de confirmation des charges.

Cette étape du processus judiciaire est cruciale pour les deux hommes: c'est au cours de ces débats, prévus jusqu'au 27 septembre, que les juges décideront s'il existe des preuves suffisantes pour justifier l'ouverture d'un procès. Leur décision pourrait prendre plusieurs semaines.

- Meurtres et mosquées détruites -

Les deux ex-chefs de milice sont détenus depuis plusieurs mois dans le quartier pénitentiaire de la justice internationale à La Haye, après avoir fait l'objet de mandats d'arrêts internationaux. Ngaïssona est toujours président statutaire de la Fédération centrafricaine de football, mais il est remplacé par un président par intérim. Quant à Yekatom, il est toujours député, remplacé actuellement par son suppléant.

De par leurs anciennes fonctions - ministre des Sports pour l'un et chef de groupes armés pour l'autre -, Ngaïssona et Yekatom savaient que les milices sous leur contrôle "détruisaient des mosquées, décimaient des communautés, déportaient des musulmans, commettaient des meurtres et violaient des femmes et des enfants", a martelé l'accusation.

"Je n'ai pas d'observations à faire", a déclaré M. Ngaïssona lorsque le juge lui a demandé s'il voulait réentendre la liste des charges.

"M. Yekatom a même commis personnellement certains de ces crimes", a lancé M. Vanderpuye. Des crimes commis selon lui dans un élan de haine et de vengeance.

C'est après la prise du pouvoir à Bangui par les rebelles de la coalition de la Séléka en 2013 que les milices d'autodéfense antibalaka (antimachettes) ont été créées. Elles assurent avoir pris les armes pour défendre les intérêts des chrétiens face aux exactions des groupes armés musulmans.

- "Cibler les musulmans" -

"Le but des attaques était de cibler violemment les musulmans en représailles des crimes commis par les Séléka", a affirmé M. Vanderpuye.

Comment alors se fait-il "qu'aucun Séléka ne soit à ce jour poursuivi par la CPI?", s'est interrogée Mylène Dimitri, avocate de M. Yekatom.

"Ce retard à engager des poursuites contre les Sélékas entrave la possibilité pour Yekatom d'avoir une audience de confirmation des charges équitable", a-t-elle fustigé.

M. Ngaïssona a été interpellé en France en décembre à la suite d'un mandat d'arrêt délivré par la CPI, qui siège à La Haye. Il est apparu en janvier pour la première fois devant la Cour, deux jours après son extradition.

Il a été précédé par Alfred Yekatom, dont la première comparution devant la CPI remonte à novembre, une petite semaine après son transfèrement historique vers La Haye, le premier depuis l'ouverture de l'enquête sur la Centrafrique en septembre 2014.

La CPI a en février joint les deux affaires afin "d'accroître l'équité et la rapidité de la procédure".

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