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Professeur décapité: la communauté tchétchène ne doit pas être un "bouc-émissaire", selon un chercheur

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La diaspora tchétchène en France reste globalement épargnée par la radicalisation islamiste et ne doit pas faire office de "bouc-émissaire" après l'assassinat de Samuel Paty par un réfugié d'origine russe tchétchène, estime auprès de l'AFP le chercheur Burak Oztas.

QUESTION: Chercheur à l'Ecole des Hautes études en sciences sociales (EHESS), vous êtes spécialiste des diasporas tchétchènes. De quand date son arrivée en France ?

REPONSE: De la première guerre russo-tchétchène (1994-1996), mais ils n'étaient que quarante ou cinquante familles au maximum. La grande vague date du début de l'année 2000 et la deuxième guerre russo-tchétchène. La Russie commet en Tchétchénie plusieurs crimes de guerre, donc y vivre devient impossible. Il est très difficile de savoir combien ont émigré mais on estime leur nombre entre 50.000 et 60.000. Majoritairement, ils habitent dans le sud de la France, Nice et Marseille, également à Strasbourg, Reims et en région parisienne.

Q: Avec l'assassinat de Samuel Paty, la diaspora tchétchène se retrouve de nouveau sous le feu des projecteurs, après les heurts de Dijon cet été et l'attaque au couteau perpétré par un Français d'origine tchétchène en mai 2018 à Paris.

R: "Il faut séparer les incidents de Dijon de ces deux attaques, commises par deux individus sans soutien de la communauté tchétchène. Ils ont grandi en France, y ont fait toutes leurs études, n'étaient pas intégrés dans la communauté, mais ont fréquenté les mosquées des banlieues. S'ils se sont radicalisés, ce n'est pas au sein de la communauté tchétchène.

Il y a beaucoup plus de Français, d'origine maghrébine ou convertis, partis combattre en Syrie que de Tchétchènes. Donc je trouve injuste de parler de radicalisation de la communauté tchétchène, d'en faire un bouc-émissaire. On ne peut pas dire que les Tchétchènes se sont habitués à la violence, mais les guerres vécues (en Russie) constituent un traumatisme. Pour en revenir à l'auteur de l'attentat de Conflans-Sainte-Honorine, il n'a jamais fait aucune des deux guerres car il n'avait que 18 ans. Il était né à Moscou, est arrivé jeune en France"

Q: L'islam est-il très présent au sein de la diaspora tchétchène ?

R: "Oui, mais les Tchétchènes ne sont pas salafistes ou wahhabistes (deux courants rigoristes, NDLR), mais majoritairement soufistes, une forme d'islam qui rejette toute forme de violence. Le soufisme autorise l'utilisation de la force seulement pour une raison: si votre pays ou votre famille sont attaqués. Le salafisme ou le wahhabisme sont entrés en Tchétchénie à partir de 1999 avec les missionnaires venus d'Arabie-Saoudite ou du Maghreb, mais restent très minoritaires."

Propos recueillis par Nicolas KIENAST

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