Sans information, pas de réconciliation

04.12.14 - BURUNDI/RÉCONCILIATION - LES MEMBRES DE LA COMMISSION VÉRITÉ ÉLUS EN L’ABSENCE DE L’OPPOSITION

Arusha, 04 décembre 2014 (FH) - L'Assemblée nationale du Burundi a élu mercredi,  en l’absence de l’opposition, les onze membres d'une Commission vérité et réconciliation (CVR), chargée d'établir la vérité sur les massacres interethniques qui ont endeuillé le pays depuis l’indépendance.

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 « Nous n'avons pas pris part à ce vote afin de protester contre la mise en place d'une CVR qui est l'émanation de la volonté du seul parti CND-FDD au pouvoir », a dénoncé, dans un entretien avec l'AFP, le député Charles Nditije, chef de l’opposition parlementaire.

Le CND-FDD du président Pierre Nkurunziza est dominé par les Hutus. « Il faut normalement être deux pour une réconciliation », a ajouté le député pour qui « la vérité et la réconciliation ne peuvent pas avoir lieu sans la justice ». L'opposition et la société civile burundaises reprochent à la loi sur la CVR d'avoir omis le volet judiciaire et de prôner uniquement le pardon ou d'y avoir intégré des personnalités politiques. Le président du Parlement Pie Ntavyohanyuma a néanmoins salué un vote « historique », toujours selon l’AFP. La CVR comprend six membres Hutus, quatre Tutsis et un Twa élus à la majorité simple sur une liste de 33 personnalités choisies parmi 725 candidats par une commission mixte paritaire entre l'Assemblée et le Sénat du Burundi. Sur les onze membres, quatre sont des femmes.

La commission sera présidée par l’évêque catholique hutu Jean-Louis Nahimana tandis que le vice-président est Mgr Bernard Ntahoturi, archevêque tutsi de l'église anglicane du Burundi.

Indépendant depuis 1962, comme le Rwanda voisin, le Burundi a connu notamment à partir de 1972 une série de massacres interethniques et de coups d'Etat, prémices à une longue guerre civile (1993-2006) ayant opposé des rebelles hutus à l'armée, dominée jusqu'à récemment par la minorité tutsie. Le conflit a fait plus de 300.000 morts.

La commission aura quatre ans pour établir la vérité sur les crimes de masse qui ont endeuillé ce pays depuis l'indépendance en 1962 jusqu'en 2008, établir les responsabilités personnelles et collectives, identifier et cartographier les fosses communes, proposer un programme de réparations et promouvoir le pardon et la réconciliation. De même composition ethnique que le Burundi, le Rwanda, voisin, a connu le génocide des Tutsis d’avril à juillet 1994.

ER

 

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