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La Centrafrique « ne présente pas d'intérêt fort pour les acteurs extérieurs »

La Centrafrique « ne présente pas d'intérêt fort pour les acteurs extérieurs »©Photo Archives IRINCombattants Antibalaka
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Thierry Vircoulon est le directeur pour l'Afrique centrale de l'ONG International Crisis Group (ICG) qui a déjà publié plusieurs rapports sur la crise centrafricaine. Son groupe de réflexion s'apprête à sortir un nouveau rapport consacré aux relations entre musulmans et non-musulmans en Centrafrique. Dans un entretien avec JusticeInfo.Net, l'analyste estime que cette « Cendrillon » de l’ex-empire français « ne présente pas d'intérêt fort pour les acteurs extérieurs ».

 

JusticeInfo.Net : Qu'est-ce qui se trouve ou qui est-ce qui se trouve derrière cette nouvelle flambée de violences meurtrières en Centrafrique ?

 Thierry Vircoulon : Comme expliqué dans notre rapport publié quelques jours avant les violences de Bangui, les failles de la feuille de route de sortie de crise sont l'absence de désarmement des miliciens et l'insécurité structurelle qui en découle, des relations intercommunautaires souvent hostiles et au mieux méfiantes, la reconstitution d'une administration locale encore très embryonnaire, ineffective et qui n'inspire pas confiance aux communautés musulmanes, un calendrier de désengagement des forces françaises en contradiction avec le calendrier politique de la transition en ce qui concerne le programme de « Désarmement, Démobilisation et Réintégration » (des combattants) et des élections.

 La flambée de violence actuelle est le résultat de l'accumulation des erreurs de la communauté internationale qui veut organiser des élections dans un vide sécuritaire et institutionnel à peu près complet et qui privilégie sa stratégie de sortie de la crise sur une stratégie de résolution de la crise.

 

  JusticeInfo.Net : Pourquoi la communauté internationale, la France en tête, exige-t-elle la tenue des élections avant la fin de l'année alors que nombre de Centrafricains (y compris d'ailleurs le gouvernement de Catherine Samba- Panza) trouvent le délai irréaliste ?

 TV : Bien que la feuille de route définie en 2014 (feuille de route qui prévoyait la tenue du Forum national, puis le DDR et les élections) ait déraillé,  la communauté internationale veut maintenir l'échéance électorale. Elle applique une formule de transition qui a échoué ailleurs mais le fait car cela est conforme à ses intérêts qui consistent à se désengager de Centrafrique le plus vite possible.

 

 JusticeInfo.Net : Et pourquoi la communauté internationale veut -elle se désengager ? Parce que c'est trop coûteux ou parce que la Centrafrique ne présente pas d'intérêt économique ou stratégique ?

 TV : Premièrement, la "communauté internationale" se limite à une poignée d'acteurs en RCA; deuxièmement, la RCA ne constitue pas une priorité dans l'état actuel de la géopolitique africaine. Ses ressources minérales sont enclavées et donc coûteuses à exploiter et ses gouvernements successifs n'ont jamais su inspirer confiance aux investisseurs industriels. Beaucoup sont venus mais aucun n'est resté. Par conséquent, elle ne présente pas d'intérêt fort pour les acteurs extérieurs et cela semble être une constante historique. La RCA était "la Cendrillon" de l'empire français et a été un Etat indépendant qui n'a jamais beaucoup attiré les acteurs extérieurs comme le montre son histoire diplomatique et économique depuis l'indépendance.

 

 JusticeInfo.Net : Que pensez-vous du réarmement et du redéploiement des Forces armées centrafricaines (FACA) tant réclamés par plusieurs ONG et partis politiques de Centrafrique ?

 TV : C'est une très mauvaise idée. L'armée centrafricaine n'a jamais été efficace et est plus connue pour ses exactions contre les civils que pour ses capacités professionnelles. Cette revendication est en fait directement dirigée contre les miliciens armés du PK5 (ndlr : foyer des massacres intercommunautaires à Bangui et dernier bastion des musulmans refoulés des autres quartiers de la capitale par les miliciens Antibalaka majoritairement animistes et chrétiennes). Si elle est mise en oeuvre, elle n'aboutira qu'à de nouvelles confrontations violentes.  

 

 JusticeInfo.Net : Que faudrait-il pour que les seigneurs de guerre en Centrafrique s'inscrivent réellement dans le processus de paix ?

 TV : Un DDR (Désarmement, Démobilisation et Réintégration) est une carotte et un bâton: il faut une pression militaire et l'arrestation des chefs de milice qui s'opposent au DDR et une vraie politique de réinsertion qui bénéficie à la fois aux combattants et aux communautés.

 

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