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Centrafrique : ébauche d'un nouveau calendrier électoral

Centrafrique : ébauche d'un nouveau calendrier électoral©RNLLe Premier ministre centrafricain Mahamat Kamoun
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En Centrafrique, les autorités hésitent toujours à parler de « report » des échéances électorales. Car le terme « report » effarouche les principaux partenaires qui portent à bout de bras cette ancienne colonie française mise à mal depuis deux ans par la plus grave crise politique et sécuritaire de son histoire. A Bangui, l'on préfère ainsi admettre pudiquement qu'un « glissement » du chronogramme électoral est désormais inévitable après les violences meurtrières de fin septembre qui avaient fait une soixantaine de morts dans la capitale.

Alors qu'il répondait jeudi aux questions des Conseillers nationaux (parlementaires de transition), le Premier ministre du gouvernement de transition, Mahamat Kamoun, a annoncé : « Nous ferons tout pour que le référendum et le premier tour (de la présidentielle) aient lieu d'ici fin 2015. Le second tour en début 2016 ».

Le 16 juin, les principaux partenaires de la République centrafricaine (France, Union européenne, États-Unis et Union africaine) avaient approuvé le calendrier proposé par le comité stratégique de suivi des élections. Ce dernier fixait les législatives et la présidentielle au 18 octobre, avec un éventuel second tour le 22 novembre. Avant cela, un référendum constitutionnel devait se tenir le 4 octobre.

Mais force était de constater, à la veille de la date prévue pour le referendum, que le recensement électoral ouvert en juillet n'était toujours pas terminé, notamment dans les zones encore sous la loi de milices. Par ailleurs, même si le recensement électoral des Centrafricains réfugiés dans les pays voisins était achevé pour l'essentiel, l'Autorité nationale des élections (ANE) n'avait pas encore publié le fichier électoral complet. Les Centrafricains ayant fui leur pays suite à la crise aiguë que traverse leur pays depuis deux ans ont été autorisés à voter, quasi in extremis, en août dernier, au terme d'un débat passionné. Leur participation n'est cependant   pas acquise pour autant car certains pays d'accueil ne veulent pas que les réfugiés centrafricains votent.

Les violences meurtrières de fin septembre dernier à Bangui et le mouvement de contestation qui s'en est suivi ont achevé de tout remettre en question.

Le 9 octobre, après maintes tergiversations, le président de l'ANE Dieudonné Kombo-Yaya a déposé sa démission, en dénonçant des pressions exercées sur son institution pour le respect d'un calendrier irréaliste.

Devant les membres de l'Assemblée nationale de transition, le Premier ministre s'est montré jeudi avare de détails sur le projet de nouveau calendrier. Mais à Bangui, un échéancier détaillé, non encore officiel, circule déjà. Referendum constitutionnel le 6 décembre, présidentielle et législatives le 13 décembre avec un éventuel second tour le 24 janvier 2016. Les autorités centrafricaines ont raison de ne pas publier cet échéancier car il doit préalablement être approuvé par les chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats d'Afrique centrale (CEEAC).

 

Le désarmement prendra du temps »

 

  C'est sans doute à ce projet de nouveau calendrier électoral que faisait allusion le chef de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), Parfait Onanga-Anyanga, lors de sa conférence de presse hebdomadaire mercredi à Bangui. « Votre pays est à quelques mois seulement de la sortie de crise ; en décembre, nous aurons entamé un processus électoral, avec un referendum et un premier tour.  Il faut que toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté s'organisent et s'engagent dans ce processus qui est vital pour le pays », a souligné le diplomate gabonais.

M. Onanga-Anyanga a rappelé que plus de 90% des personnes en âge de voter s'étaient inscrites sur les listes électorales, ce qui, selon lui, témoigne de la volonté du peuple centrafricain d'aller s'exprimer sur son avenir par les urnes et non par les armes. Concernant le désarmement des différentes milices, le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU a indiqué que « ce processus prendra du temps comme dans d'autres pays du monde ayant vécu la même expérience ». « On ne peut pas organiser un désarmement musclé, et c'est important que tout le monde le comprenne car un désarmement musclé est synonyme de guerre», a-t-il expliqué, soulignant que « la MINUSCA n'a pas pour mandat de faire la guerre, mais plutôt de maintenir la paix et de protéger les populations civiles ».

Il a cependant tenu à souligner que les Casques bleus feraient échec à toute tentative de prise du pouvoir par la force. « Ceux qui veulent prendre le pouvoir par les armes ne passeront pas », a-t-il assuré, dans une sorte de mise en garde adressée à une faction d'anciens rebelles séléka qui avaient menacé il y a deux semaines de marcher sur Bangui pour renverser le gouvernement de la présidente de transition Catherine Samba-Panza.

 

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