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Contre-attaques en Centrafrique, dissensions et procès : le moral serait-il bas à la LRA ?

Contre-attaques en Centrafrique, dissensions et procès : le moral serait-il bas à la LRA ?©Flickr/Abayomi AzikiweJoseph Kony (en casquette), le chef de la LRA
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Trop c'est trop. Souvent contraints de passer la nuit dans la brousse, pour fuir les attaques de rebelles ougandais de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), les habitants de Rafaï dans l'est de la Centrafrique ne veulent plus croiser les bras. Révoltés, certains passent désormais à la contre-offensive, comme ce dimanche. Un casque bleu marocain, mortellement blessé dans une altercation, en a fait les frais. Un premier procès de la LRA doit s’ouvrir, par ailleurs, lundi 2 mai à Gulu, dans le nord de l’Ouganda.


Dimanche 17 avril. Les habitants de Rafaï vaquent à leurs occupations lorsqu'ils sont surpris par des attaques simultanées d'éléments de la LRA, lancées sur trois villages. C'est le sauve-qui-peut général, comme à chaque incursion des hommes de Joseph Kony, ce chef rebelle ougandais sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) datant de 2005. Le champ est libre pour les assaillants, qui pillent les réserves vivrières et tout ce qui peut être utile à leur survie. Mais cette fois-ci, la population se ressaisit. Sortis de leurs cachettes, des habitants, certains armés, contre-attaquent. Ils réussissent à mettre en déroute les hommes de la LRA et en capturent d'ailleurs trois, laissant un quatrième grièvement blessé, selon Radio Ndeke Luka, radio privée émettant en Centrafrique.

Les habitants de Rafaï n'ont pas encore décoléré lorsque des éléments de la Mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca) sont déployés autour du dispensaire local où est admis le combattant de la LRA, blessé. La foule veut prendre d'assaut la structure sanitaire pour à tout prix le récupérer. La force des Nations unies s'y oppose. S'en suivent alors des échanges de coup de feu. Selon le service de presse de l'Onu, un Casque bleu marocain blessé par balle lors de cette altercation va, plus tard dans la même journée, succomber à ses blessures. La Minusca ajoute qu'un civil a également trouvé la mort au cours de cet incident.


Ongwen à la CPI, captures et défections



Cette énième attaque des combattants de Joseph Kony survient quelques jours après la défection la semaine dernière dans la localité de Bakouma, de deux autres éléments de la LRA actuellement aux mains des autorités centrafricaines, rappelle Radio Ndeke Luka. Mais jusqu'à présent, les identités des deux en défection à Bakouma, des trois qui auraient été capturés par la population civile à Rafai et du blessé défendu par la Minusca n'ont pas été rendues publiques. Par ailleurs, ces nouvelles défections et captures n'ont pas été confirmées côté ougandais.

Née dans les années 1980, la LRA a signé ses crimes non seulement dans le nord de l'Ouganda, mais aussi au Soudan du Sud, en République démocratique du Congo (RDC) et en Centrafrique. Dans ces pays, l'organisation s'est illustrée par des mutilations et des massacres de civils, des enlèvements d'enfants transformés en soldats ou en esclaves.

La LRA, même si elle garde une certaine capacité de nuisance, est confrontée à de graves dissensions internes depuis quelques années, alors que son chef historique serait malade et affaibli par les années de maquis. Début 2015, Dominic Ongwen, l'un des commandants les plus craints de la LRA, s'est livré aux forces spéciales américaines déployées dans la région pour appuyer la traque de Joseph Kony. Premier chef de l'Armée de résistance du Seigneur à comparaître devant la CPI pour crimes perpétrés en Ouganda, Ongwen est détenu à La Haye, aux Pays-Bas. Cette reddition a été suivie en février dernier de la capture, toujours sur le territoire centrafricain, d'Okot Odek, proche collaborateur de Kony, mais qui, lui, n'était pas recherché par la justice internationale. Selon l'Américain Ledio Cakaj, qui a mené plusieurs recherches sur la LRA, ces défections de hauts responsables vont certainement saper le moral des quelques combattants que compte encore cette organisation.



Le 2 mai, enfin un premier procès en Ouganda



Okot Odek se trouve sous la garde de l'armée ougandaise à Gulu, dans le nord du pays, et pourrait, selon des sources judiciaires ougandaises, bénéficier d'une amnistie. Environ 13.000 combattants de la LRA ont pu rentrer chez eux en vertu d'une loi d'amnistie votée en 2000 qui ne s'applique pas toutefois à ceux qui, comme Joseph Kony, sont sous le coup de mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

Au sein de la justice ougandaise, une Division des crimes internationaux a été créée et son premier procès devrait enfin commencer sur le fond le 2 mai prochain à Gulu, après une longue bataille juridique, confirme à Justice Info le parquet général qui entend citer au moins une centaine de témoins. L'affaire concerne Thomas Kwoyelo, un commandant de la LRA qui n'était pas recherché non plus par la CPI. Poursuivi par la justice de son pays, l'accusé a été arrêté en mars 2009, en RDC. La procédure était suspendue depuis août 2011, date à laquelle la Cour constitutionnelle de l'Ouganda avait ordonné la remise en liberté immédiate de Kwoyelo, après avoir statué que l'ex-commandant rebelle était éligible pour bénéficier de la loi d'amnistie. Saisie par le procureur général, la Cour suprême, la plus haute instance judicaire ougandaise, a, dans un arrêt rendu en avril 2015, cassé la décision de la Cour constitutionnelle, estimant qu'il n'y avait pas d'amnistie automatique et qu'il appartenait au parquet général de décider de l'ouverture des poursuites ou non.

La Division des crimes internationaux (ICD) a été créée au sein de la Haute Cour de justice de Kampala en juillet 2008, quatre ans après l’ouverture d’une enquête sur l’Ouganda à la CPI. Tandis que la CPI n’a pas encore ouvert de procès, l’ICD annonce l’ouverture de son premier procès lundi 2 mai. L’accusé, Kwoyelo, est resté en détention depuis son arrestation il y a six ans, même après la décision de la Cour constitutionnelle. Dans l’hypothèse d’un verdict de culpabilité, la chambre devrait, de l’avis des organisations de défense des droits l’homme, en tenir compte dans la fixation de la peine.

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