Sans information, pas de réconciliation

Centrafrique : la paix passe par la démobilisation des combattants et la restructuration de l'armée, selon le Président

Centrafrique : la paix passe par la démobilisation des combattants et la restructuration de l'armée, selon le Président©Issouf Sanogo/AFPBangui, février 2014- Des FACA rentrent d'une cérémonie dirigée par la présidente intérimaire Samba-Panza
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« Je n'ai pas hérité d'un État mais d'un pays où tout est à reconstruire, où tout est à refaire ». Ces propos tenus le lundi 6 juin par Faustin –Archange Touadera, le nouveau président de Centrafrique, ne sont pas tellement exagérés. Cette ancienne colonie française, en proie à une instabilité récurrente depuis son indépendance en 1960, tente de sortir de la crise la plus aiguë de son histoire, qui dure depuis quatre ans. Pour redresser une Centrafrique mise à genoux par autant d'années de terreur et d'exactions de toutes sortes, ce mathématicien élu en février dernier , s'est donné pour priorité, de démobiliser les groupes armés et restructurer l'armée régulière. Touadera a annoncé cet immense chantier au début de la semaine à l'entame de rencontres avec les Centrafricains. Réputée pour les nombreux putschs et mutineries ayant jalonné l'histoire du pays, l'armée centrafricaine a par ailleurs longtemps été critiquée pour d'innombrables violations des droits de l'homme au cours des différents régimes.

 
C'est la préfecture de la Nana Mambéré, dans l'ouest du pays, qui a eu le privilège d'accueillir le 6 juin le président Touadera pour sa première rencontre avec ses administrés après son entrée en fonction fin mars. A  Bouar, chef –lieu de la Nana-Mambéré, le nouveau président centrafricain  a  insisté sur « la paix et la sécurité », deux mots qui ont émaillé son discours de circonstance. « La toute première priorité est la paix et la sécurité. Sans cette paix et cette sécurité, on ne pourra rien entreprendre », a martelé le chef de l'Etat. « Mais, pour obtenir la paix et la sécurité, il nous faudra procéder au désarmement c'est-à-dire retirer entre les mains des groupes armés les nombreuses armes qui sont en circulation». Le président Touadera a ainsi informé les Centrafricains qu'il avait rencontré « depuis plus d'un mois chaque responsable de groupe armé » pour expliquer « la nécessité d'aller au désarmement dans la concertation ». « Grâce à Dieu, beaucoup m'ont écouté et se sont engagés à suivre cette voie », a -t-il assuré. Beaucoup, donc pas tous. Puisque des bandes armées continuent de semer la terreur, en particulier dans le nord du pays. Le travail de mise en place « du mécanisme DDRR (Désarment, Démobilisation, Réinsertion et Réintégration) a déjà commencé et j'ai espoir qu'il ira vite pour qu'on arrive à ce désarmement effectif », a poursuivi Touadera avant de changer de ton, pour « rappeler à tous les Centrafricains que la période d'exception, la période de transition est terminée ».

 

Une armée pour la sécurité de tous les Centrafricains

 

Le président centrafricain a souligné que ce processus DDRR doit être mené parallèlement avec la restructuration de l'armée « pour nous permettre d'avoir une armée pluriethnique, professionnelle et apolitique à très court terme pour les besoins de la sécurité nationale ». « Cette armée que nous allons bâtir n'aura pas pour mission de faire la guerre contre d'autres Centrafricains. Elle sera mise en place pour la sécurité du pays et celle de tous les Centrafricains qu'ils soient à l'Est, à l'Ouest, au Centre, au Nord ou au Sud », a-t-il affirmé.
C'est le même message qu'il avait délivré la veille à Bangui lors de sa première rencontre avec les nouveaux patrons de l'armée nommés le 2 juin. « Mon objectif à très court terme, est de voir les éléments des Forces Armées Centrafricaines (FACA) restructurées patrouiller en arme pour protéger nos concitoyens et pour intervenir, le cas échéant, aux côtés des forces de sécurité internationales dans les missions de protection de la population civile et de l'accompagnement à assurer pour le redéploiement de l'autorité de l'État sur l'ensemble du territoire national », a-t-il dit.

 

Doter l'armée des moyens à la hauteur de ses missions

 

S'agissant des moyens, il a révélé à ces responsables militaires avoir entrepris des discussions avec les partenaires sur la question de la levée de l'embargo. « En réalité, notre pays peut se doter de moyens militaires à la condition qu'il en fasse la déclaration à l'Organisation des Nations Unies durant un certain temps », a indiqué le président centrafricain. Dans sa résolution 2127 de décembre 2013, le Conseil de sécurité de l'ONU a instauré  un embargo sur les armes pour empêcher la fourniture, la vente ou le transfert à la République centrafricaine d'armements et de matériels connexes de tous types, suite aux exactions perpétrées contre des civils par des groupes armés dont de nombreux éléments étaient des membres des FACA.

Soulignant que la Centrafrique « doit sortir de ce cycle qui la projette aux yeux du monde comme un pays instable, incapable durant des décennies de prendre en main sa sécurité et celles de ses populations », Touadera a instamment demandé aux commandants militaires de faire leur travail « avec discernement, avec compétence, avec sang-froid, avec courage », car ils sont responsables de « l'armée d'un pays qui veut reconquérir tous ses attributs ». Enfin, Touadera a promis de « mettre une partie des ressources de la Nation au niveau correspondant à l'ampleur, à la diversité des missions » qu'il veut confier aux FACA, mais en avertissant que « les indisciplinés, les pilleurs, les criminels, les braqueurs n'auront plus leur place dans l'Armée Nationale ». Sans cependant préciser s'il entendait réduire ou augmenter les effectifs militaires qui étaient estimés à 7.000 à 8 000 hommes avant que le pays ne sombre dans le chaos en 2013.

Et malgré tant de défis sur le plan sécuritaire, le président-mathématicien sait encore trouver du temps pour l'enseignement universitaire. Ainsi, à la fin de la journée déjà très chargée du 6 juin, à son retour de Bouar, il s'est rendu tout droit à l'Université de Bangui pour dispenser deux bonnes heures de « Théorie de distribution » à des étudiants en Maîtrise de mathématiques. Pourvu que ça dure !

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