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Violences à Bangui : les parlementaires de transition crient leur ras-le-bol

Violences à Bangui : les parlementaires de transition crient leur ras-le-bol©AFP/Edouard DropsyLe nouveau camp de déplacés Saint-Sauveur à Bangui
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Ils l'avaient annoncé et ils l'ont fait. Malgré l'interdiction du gouvernement qui avait dénoncé une démarche organisée « en violation flagrante des dispositions administratives ». Parce que les Conseillers nationaux –parlementaires de transition en Centrafrique- ne sont pas des citoyens ordinaires.

Conduits par leur président Alexandre - Ferdinand Nguéndet, les membres du Conseil national de transition (CNT) ont donc effectué mercredi une marche pacifique depuis leur hémicycle situé dans le Quatrième Arrondissement de Bangui jusqu'au rond-point « Place des Nations unies ». Objectif ? Dénoncer haut et fort l'incapacité du gouvernement intérimaire et des troupes internationales déployées dans le pays à mettre fin aux violences meurtrières entre communautés, surtout dans la capitale. Fin septembre, en effet, au moins une soixantaine de personnes ont été tuées lors d'affrontements intercommunautaires à Bangui. Comme si cela ne suffisait pas, de nouvelles violences ont fait, toujours à Bangui, au moins une dizaine de morts et des milliers de déplacés, un mois plus tard.

 « Les Centrafricains unis et indivisibles dans la paix (….) Un pays, une armée (…) Oui, au réarmement des FACA (Forces armées centrafricaines) et leur implication dans la pacification du pays », pouvait-on lire sur les banderoles qu'arboraient ces hommes et femmes désignés pour représenter provisoirement leurs concitoyens en attendant les élections.  «Nous attendons du gouvernement des actes concrets. Il appartient à ce gouvernement aujourd'hui et à la communauté internationale d'intégrer nos forces de défense et de sécurité, dans un délai d'une semaine, dans le processus de sécurisation du pays », a déclaré à la fin de la marche, le Conseiller national numéro un Alexandre -Ferdinand Nguéndet. A l'entendre, les Centrafricains n'ont que trop attendu.  « Nous avions, à l'époque, interpellé le représentant du secrétaire général des Nations unies, le général Babacar Gaye sur la mise en exécution effective des différentes résolutions prises par les Nations unies. Aujourd'hui, les faits sont là. Les faits donnent raison à la représentation nationale qui avait estimé que sans l'implication de nos forces de défense et de sécurité, il sera impossible de sécuriser la ville de Bangui et l'intérieur du pays », a récriminé le président du Conseil national de transition. 

  

Un mémorandum remis au chef de la MINUSCA

 
Les « honorables marcheurs » ont ensuite remis à Parfait Onanga-Anyanga, successeur du Sénégalais Babacar Gaye, un mémorandum réitérant leurs griefs contre  la Mission de l'ONU en Centrafrique (MINUSCA). Conformément à la résolution 2149 du Conseil de sécurité de 10 avril 2014, indique le mémorandum, le mandat de la Mission de l'ONU « comporte plusieurs missions dont les plus essentielles concernent la protection des civils du risque d'atteinte à leur intégrité physique, l'appui à la mise en œuvre de la transition en faveur de l'extension de l'autorité de l'Etat et l'appui au processus de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion des ex-combattants ». L'échec de ce processus communément appelé « DDR » est en partie à l'origine de la multiplication des actes de violence.  « Au regard de la poursuite d'actes de violence occasionnant la mort de plusieurs personnes tuées par balle ou égorgées, la destruction et les pillages des biens des particuliers ainsi que des affrontements entre des groupes armés dans la capitale Bangui, à l'exemple des évènements tragiques qui se poursuivent depuis au moins une semaine dans le secteur sud-ouest de Bangui, le sentiment du Conseil National de Transition est que l'exécution du mandat de la MINUSCA n'a pas encore produit son plein effet », poursuit le texte. En conséquence, le CNT demande à la MINUSCA de « renforcer ses  patrouilles et installer des postes avancés de ses équipes dans les huit arrondissements de Bangui » et « d'appuyer le processus de réarmement des Forces Armées Centrafricaines et leur implication dans les opérations de sécurisation et pacification du pays ». 

 

Le passé peu glorieux des FACA

 

Dans sa réaction, lors de sa conférence de presse hebdomadaire, le même mercredi, Parfait Onanga-Anyanga a réaffirmé que les Nations Unies n'ont pas d'autre mission que de rétablir la paix et la stabilité dans le pays. Le diplomate gabonais a insisté sur «l'ampleur des efforts consentis par la Mission afin de sécuriser la Centrafrique notamment après les derniers évènements » meurtriers à Bangui. Au nombre des nouvelles mesures de renforcement de la sécurité, il a mentionné l'augmentation du nombre de patrouilles dans les quartiers sensibles de la capitale.            

 S'agissant de l'embargo sur les armes, de la réhabilitation des Forces armées centrafricaines et de leur participation aux opérations de sécurisation du pays, le chef de la MINUSCA a indiqué avoir entendu l'appel des autorités centrafricaines. « On entend les appels pour que les FACA soient remises sur scène. Nous n'avons jamais dit non. Ce sont des décisions qui sont prises par le Conseil de sécurité et le dialogue constructif que le comité des sanctions (de l'ONU) a eu avec les autorités centrafricaines peut permettre aujourd'hui un assouplissement des sanctions qui ont été prises.  J'ai moi -même adressé une correspondance à la présidente du comité des sanctions, lui demandant que des moyens soient mis à la disposition des forces de sécurité intérieure afin qu'elles puissent, en collaboration avec les forces internationales présentes, mener les missions de sécurisation de la ville de Bangui. Il y a des modalités, il faudra absolument les respecter ».

Faisant allusion au passé peu glorieux des FACA, le représentant spécial de Ban Ki-moon, n'a cependant pas manqué de glisser : « La Centrafrique a besoin d'une armée qui respecte les principes républicains. Il faut une armée ethniquement équilibrée et représentative de toutes les régions du pays ».

 

Prochaine visite du pape François

 

 Des plaintes contre les troupes des Nations unies avaient été exprimées lundi par la présidente de transition Catherine Samba-Panza qui s'était cependant gardée, à la différence du CNT, de tonitruer sur la place publique. « Les derniers évènements dramatiques intervenus à un mois d'intervalle de ceux du 26 septembre (ndlr : une soixantaine de personnes avaient alors été tuées lors d'affrontements entre communautés) confirment que les efforts de la MINUSCA sont insuffisants pour garantir la sécurité à Bangui et que des efforts supplémentaires doivent être faits pour recadrer les interventions des forces internationales », avait- elle indiqué dans une déclaration à la presse.

« J'ai demandé à la MINUSCA de mettre à la disposition de nos forces de défense et de sécurité nationales les armes de l'armée nationale sous séquestre, ceci afin de renforcer les capacités d'actions de nos troupes engagées dans les combats », avait ajouté cette présidente de transition dont la sécurité est assurée par une armée étrangère.

C'est cette Centrafrique qui devrait, si le Vatican ne change pas d'avis, recevoir dans trois semaines le pape François attendu en Afrique pour un déplacement placé sous le signe de la recherche de la paix et du dialogue entre religions. Selon le programme provisoire, Bangui devrait être la dernière étape de ce voyage du souverain pontife qui le mènera aussi au Kenya et en Ouganda.

 

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