Sans information, pas de réconciliation

Centrafrique : l’ex-Séléka s’apprête-t-elle à marcher sur Bangui ?

©Photo MINUSCAJean-Pierre Lacroix, chef du département des opérations de maintien de la paix de l'ONU, rencontre des notables du PK5, à Bangui le 12 avril 2018
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La dernière opération conjointe des Casques bleus et des forces centrafricaines dans le célèbre quartier PK5, du 3e Arrondissement de la capitale centrafricaine, Bangui, a été interprétée par des factions de l’ex-coalition Séléka comme une attaque contre les musulmans. Pour prouver leur désapprobation, certaines de ces milices ont organisé des journées ville morte dans les zones sous leur contrôle. Et, comme réconciliées sous l’effet d’une baguette magique, ces bandes, hier rivales, ont commencé durant le week -end, à converger, lourdement armées, à Kaga Bandoro, dans le nord. Que mijotent-elles ? La force de l'ONU lance une mise en garde.

Plusieurs fois accusée d’immobilisme, la force de l’ONU a décidé de passer à l’action dans la capitale, en lançant le 8 avril, « l’opération Soukoula Km5 » avec pour objectif de désarmer les gangs qui écument ce quartier névralgique. Rackettés tous les jours, les commerçants opérant au Km5, poumon économique de Bangui et sorte d’enclave musulmane, n’en pouvaient plus. Mais les bandes visées ont aussitôt crié à la persécution religieuse, plaintes aussitôt relayées par certains leaders de l’opinion.

Dans une adresse à la Nation, le 11 avril, le président Faustin Archange Touadera, un chrétien, n’a pas caché sa colère. « Nous travaillons de manière à ce que la paix revienne dans notre pays mais, à chaque fois, certaines personnes, voulant faire de la politique, instrumentalisent la situation en parlant de chrétiens-musulmans ».

Les assurances de la Minusca

Trois jours après cette mise au point du chef de l’Etat, des membres de factions de l’ex-Séléka ont commencé à se regrouper à Kaga Bandoro, chef-lieu de la préfecture de la Nana Gribizi. Selon les informations du Réseau des journalistes centrafricains pour les droits de l’homme (RJDH), ils arriveraient de Birao, Ndélé, Moyenne- Sido, Kabo à bord de véhicules 4x4 et de nombreuses motos.

Des témoignages similaires rapportés par Radio Ndeke Luka sur son site internet signalent « la présence d’éléments du Mouvement patriotique pour le Centrafrique (MPC) du général Mahamat Al-Khatim, de combattants de l'Union pour la paix en Centrafrique (UPC) du général Ali Darassa et du Front populaire pour la renaissance de Centrafrique (FPRC) de Noureddine Adam ». Ces trois chefs de guerre étaient tous des piliers de la coalition Séléka qui a chassé du pouvoir le président François Bozizé en mars 2013 et porté Michel Djotodia à la tête de la Centrafrique. Chefs de milice rivales après la dissolution de la Séléka, ils partagent cependant le sentiment selon lequel la communauté musulmane de Centrafrique est ignorée, marginalisée. Et d’après le RJDH, Noureddine, le plus redoutable des trois, serait en personne déjà présent à Kaga Bandoro.

Que signifient donc ces bruits de botte ? « Nous avons constaté effectivement l'arrivée de quelques éléments du FPRC. La Minusca suit cette situation avec attention », a indiqué lundi le porte-parole de la mission de l’ONU, Vladimir Monteiro, qui était interrogé par Radio Ndeke Luka. « Pour le moment, cette présence ne constitue pas une menace pour la protection des populations », a-t-il cependant assuré. 

« Nous continuons à dire aux groupes armés qu’il faut qu'ils restent dans la logique du dialogue dans le cadre de l'initiative de la paix de l'Union Africaine », a poursuivi le porte-parole. « L'opération 'Soukoula Km5' lancée le 8 avril 2018 vise des bandes criminelles. Elle ne vise pas la communauté musulmane », a-t-il insisté.

Mais Radio Ndeke Luka s’interroge: « Les ex-Séléka seraient-ils en train de se réorganiser dans cette partie du nord du pays pour une énième descente sur Bangui et déstabiliser le régime de Faustin Archange Touadéra ? ». « Si ces éléments tentaient que ce soit, des mesures seraient prises », a prévenu M. Montéiro.

 

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