Sans information, pas de réconciliation

Mali : l’Accord de paix de 2015 sur la sellette à la veille de l’élection présidentielle

©FlickrCérémonie de signature de l'Accord pour la paix et la réconciliation au Mali le 15 mai 2015 à Bamako
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 Les Maliens iront aux urnes le 29 juillet prochain pour élire le président de la République. De nombreux sujets sont au cœur des débats dans les meetings de campagne des candidats, dont l’Accord signé en 2015 et qui prévoit notamment un processus de justice transitionnelle. L’occasion rêvée pour l’opposition de réclamer la révision d’un accord qu’elle juge non inclusif.

Depuis le début de la campagne électorale le 4 juillet, les 24 candidats en lice sont en tournée à Bamako ainsi que dans les capitales régionales et de cercle pour expliquer le contenu de leur programme aux électeurs. Dans tous les discours, l’accord de paix s’impose, comme un sujet incontournable : le camp du président sortant Ibrahim Boubacar Keita promet de donner un coup de pouce à la mise en application de l’accord tandis que les ténors de l’opposition critiquent non seulement le contenu de ce texte, mais aussi le processus qui a abouti à sa signature.

Le parti Solidarité africaine pour la démocratie et l'indépendance (Sadi) de l'opposant Oumar Mariko est l'un des plus farouches critiques de l'Accord qu’il propose de réviser une fois élu. « Nous estimons qu’il n’est pas inclusif. Il n’a pas été fait par les Maliens », affirme Allaye Bocoum, membre du bureau politique national du Sadi, non sans insister que son parti, loin de récuser le document, souhaite le ramener néanmoins à un cadre national. « Il n'y a pas d’ethnies au Mali qui n’a pas tué ou n’a pas été victime, nous proposons que les gens parlent entre eux de façon très instructive », ajoute Allaye Bocoum, qui appelle au dialogue pour la réconciliation.

Même son de cloche à l'Union pour la république et la démocratie (URD), parti du chef de file de l’opposition, Soumaïla Cissé. Pour l’URD, parler de justice transitionnelle avant de retoucher l’Accord de paix reviendrait à mettre la charrue avant les bœufs. « Nous avons aujourd’hui un instrument qui est l’Accord, qui n’a été inclusif ni dans le processus, ni dans les propositions de sortie de crise. Pour nous, la question fondamentale n’est pas la justice transitionnelle, mais d’abord le dialogue entre les Maliens. C’est à l’issue de ce processus que l’on verra après s’il y a nécessité d’appliquer des outils de réconciliation comme la justice transitionnelle ou pas », affirme Etienne Fakaba Sissoko, l'un des porte-paroles du candidat Soumaïla Cissé.

Cet Accord pour la paix et la réconciliation, dont la mise en œuvre piétine, a été conclu entre le gouvernement malien, la Coordination des mouvements rebelles de l’Azawad et la Plateforme- qui regroupe des mouvements proches du gouvernement. Il visait surtout à ramener la paix dans le nord du pays.

« On fait du forcing »

 « Parler de justice transitionnelle, c’est une fuite en avant. Il n’est pas tout à fait approprié de parler de justice transitionnelle, on fait du forcing avec la réconciliation, parce que l’ensemble du processus CVJR (Commission Vérité Justice Réconciliation) n’est pas encore au point, les responsabilités non situées », observe l’historien Iba N’Diaye, chercheur au Centre de réflexion au Mali (CERM) où il passe à la loupe les programmes de société des candidats. Pour lui, le vrai problème réside dans l’Accord qui contiendrait les germes d’une autre guerre : « Il faut absolument soumettre l’accord à une deuxième lecture ou à une révision comme ce que tente le gouvernement en douce, mais malheureusement la façon de faire correspond plus à une réponse au chantage qu’à une vraie renégociation avec un débat public », estime cet universitaire qui, par ailleurs, enseigne l’histoire des civilisations à l’École normale supérieure de Bamako. C'est après cette étape qu’on peut mettre en route les mesures, au nom de la réconciliation, de la justice transitionnelle, de dialogue renforcé aux niveaux des communautés pour arriver à une solution durable.»

Un avis que partage Etienne Fakaba Sissoko qui estime qu’il « faut véritablement revoir le processus dans son ensemble, pas seulement la question de la CVJR mais celle des instruments en place pour aller de l’avant. »

Ces élections vont se tenir alors que la situation sécuritaire est marquée, d'une part par des attaques terroristes récurrentes et de plus en plus meurtrières, et d’autre part par des conflits intercommunautaires, qui ont déjà fait des dizaines de victimes dans le centre du pays, épicentre d'attaques djihadistes impliquant principalement des hommes du prédicateur radical Hamadoun Kouffa. Ce dernier est une figure de proue de la Katiba Ansardine Macina, membre du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans dirigé par Iyad Ag Ghaly. Il y a six ans, cet islamiste et son groupe Ansardine occupaient le nord du Mali avec une mosaïque de groupes armés terroristes (Al-Qaïda au Maghreb islamique, Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest) et rebelles. Durant cette occupationde nombreuses et graves violations du droit à la vie, du droit à la sécurité de la personne et du droit à la propriété ont été perpétrées.

 

 

 

 

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