28.10.13 - CPI/KENYA - L’ATTENTAT DU WESTGATE, NOUVEL ARGUMENT D’UHURU KENYATTA

Arusha, 28 octobre 2013 (FH) - Alors que s’approche la date fatidique de l’ouverture de son procès devant la Cour pénale internationale (CPI), le président du Kenya a résolu de sortir tout son arsenal, bataillant sur les fronts juridique et diplomatique.

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Tandis que son représentant s’active aux Nations unies avec l’appui d’autres diplomates africains, ses avocats multiplient les requêtes devant la CPI qui s’apprête à le juger, à partir du 12 novembre prochain, pour crimes contre l’humanité commis dans son pays lors des violences meurtrières qui avaient suivi les élections générales de fin 2007. Après avoir longtemps fait valoir les fonctions suprêmes du chef de l’Etat, les requérants mettent  désormais en avant la sécurité nationale et régionale après l’attentat terroriste de septembre dernier dans la capitale kényane, Nairobi.

Gérer les suites de l’attentat du Westgate

Dans une requête déposée vendredi dernier, les avocats du chef de l’Etat demandent que l’ouverture du procès soit remise « au plus tôt » au 12 février 2014. Pour Maîtres Steven Kay et Gillian Higgins, la date du 12 novembre fixée pour le démarrage du procès, doit être repoussée pour permettre au Président de gérer au mieux les suites de l’attentat du 21 septembre au centre commercial du Westgate à Nairobi. Revendiqué par les insurgés islamistes somaliens shebab proches d’Al-Qaida, l’attentat avait fait une soixantaine de morts. Les Shebab avaient indiqué agir en représailles de l'intervention militaire kényane lancée en Somalie il y a près de deux ans. « C’est une menace claire contre la sécurité régionale », écrivent les deux plaideurs, soulignant que «Monsieur Kenyatta a une responsabilité claire et évidente, au nom du gouvernement du Kenya, de jouer son rôle de dirigeant pour faire face à cette situation ». Dans leur requête adressée à la chambre désignée pour juger Uhuru Kenyatta, ils estiment que leur client « se trouve dans une situation où il doit être tenu informé de façon continue et sur une base journalière par les agences de sécurité nationales et internationales» et « prendre des décisions importantes au nom de la Nation dans l’intérêt de son peuple ».  Ainsi, concluent les deux avocats, le retenir au siège de la CPI, à La Haye, dans ces conditions, n’est « ni dans l’intérêt des citoyens du Kenya, ni dans l’intérêt de la communauté internationale ».

Une délégation africaine cette semaine à New York

Le même argument est brandi par l’Union africaine (UA) dans un courrier adressé aux Nations unies mardi dernier. L’organisation demande de reporter d’une année le procès d’Uhuru Kenyatta et celui, déjà ouvert, de son vice-président William Ruto. Le Conseil de sécurité de l’ONU peut demander cette suspension à la CPI, en vertu de l’article 16 du statut de Rome, texte fondateur de la Cour. A l’appui de sa demande, l’UA invoque les responsabilités constitutionnelles des deux responsables mais aussi et surtout « le temps nécessaire pour améliorer les efforts entrepris dans la lutte contre le terrorisme et les autres formes d'insécurité dans la région ». Dans une lettre séparée, le représentant du Kenya aux Nations unies, Macharia Kamau rappelle aux 15 membres du Conseil de sécurité leur obligation de prendre en considération « la menace sur la paix » que représentent les Shebab pour la Corne de l'Afrique. Pour soutenir la demande de l’UA, une délégation de sept ministres africains conduits par le chef de la diplomatie éthiopienne Tedros Adhanom Gebrayesus est attendue cette semaine à New York pour des entretiens avec des membres du Conseil de sécurité.

« Jouet des pouvoirs impérialistes »

Cette démarche s’inscrit dans le cadre des résolutions du sommet extraordinaire de l’Union africaine du 12 octobre qui avait décidé que Kenyatta ne devait pas se présenter à son procès. Dans une violente diatribe, le président du Kenya avait qualifié la CPI de « jouet des pouvoirs impérialistes en déclin ». «Cette Cour agit sur demande des gouvernements européens et américain, contre la souveraineté des Etats et des peuples africains », avait ajouté le fils de Jomo Kenyatta, le père de l’indépendance du Kenya. Si New York n’exauce pas ses voeux, acceptera-t-il de comparaître devant ce « jouet » le 12 novembre, comme il l’avait fait au cours de la phase avant-procès ?ER