La répression du gouvernement des époux Daniel Ortega et Rosario Murillo au Nicaragua progresse et s'étend à l'étranger, où elle a fait des centaines de victimes, affirment des experts de l'ONU dans un rapport publié mardi.
"L'extension de la répression au-delà des frontières du Nicaragua a affecté la vie de centaines, voire de milliers, de Nicaraguayens exilés et de leurs proches restés au pays, rendant des centaines d'entre eux apatrides", indique ce rapport du groupe des droits de l'homme sur le Nicaragua.
Selon le groupe d'experts, qui doit présenter ce rapport le 16 mars devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, le couple présidentiel et d'autres figures du régime sont "responsables de violations graves, systématiques et généralisées des droits de l'homme" contre "une part croissante de la population".
En outre, soulignent-ils, "le gouvernement nicaraguayen finance la répression de ses opposants par le détournement illégal de fonds publics et cible les exilés grâce à un réseau transnational de surveillance et de renseignement".
Au Nicaragua, "la répression et la corruption institutionnelle sont devenues le mode de gouvernement", affirme Jan-Michael Simon, président du groupe d'experts.
Selon lui, "la persécution politique est financée par l'État, mise en oeuvre par ses institutions et étendue au-delà des frontières afin que personne - absolument personne - ne puisse faire obstacle au régime", incarné depuis une réforme constitutionnelle en février 2025 par le couple Ortega-Murillo.
Le groupe d'experts est un organe indépendant mandaté par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies. Créé en mars 2022, il est chargé de mener des enquêtes approfondies sur les abus commis au Nicaragua depuis avril 2018, lorsque des manifestations contre le gouvernement avaient été réprimées dans le sang.
S'appuyant sur des dizaines d'entretiens et de nombreux documents, le rapport démontre comment, depuis 2018, des fonds publics ont été détournés pour alimenter la répression grâce à la création d'une structure au sein du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), le parti au pouvoir.
Cette structure finance des opérations de sécurité, de groupes armés progouvernementaux et d'activités du parti avec des fonds publics auparavant alloués à l'aide sociale ou à des dépenses de fonctionnement, affirme le groupe d'experts.
"Le détournement et l'utilisation abusive des ressources publiques ont directement contribué à de graves violations des droits humains", a déclaré Reed Brody, membre du groupe d'experts, pointant du doigt une répression "structurée et financée de manière corrompue".
- "Surveiller, intimider, attaquer" -
Le rapport détaille également comment a été mis en place "un vaste réseau transnational de surveillance et de renseignement" utilisé pour "surveiller, intimider voire attaquer" les centaines de milliers de Nicaraguayens vivant à l'étranger.
Au moins une douzaine de cas d'assassinats ou de tentatives d'assassinats de dissidents exilés ont été signalés, dont le meurtre, en juin 2025 au Costa Rica, du major de l'armée à la retraite et critique du gouvernement, Roberto Samcam, relève le rapport.
Le gouvernement a "arbitrairement" déchu de leur nationalité 452 Nicaraguayens et en a rendu des milliers d'autres apatrides de facto en refusant de renouveler ou de fournir les documents nécessaires, tout en interdisant à nombre d'entre eux de rentrer au Nicaragua.
D'autres ont été victimes de surveillance, de harcèlement, de campagnes de diffamation, d'utilisation abusive des outils d'Interpol, de confiscations de biens et de représailles par procuration contre leurs proches restés au pays, détaille encore le groupe.
La surveillance et le harcèlement numériques, le piratage informatique et la divulgation d'informations personnelles ont aussi été utilisés pour réduire au silence les critiques.
"Les violations commises depuis 2018 constituent, de prime abord, des crimes contre l'humanité", assurent les experts.
Le Nicaragua ayant cessé sa coopération avec le Conseil des droits de l'homme et s'étant retiré de plusieurs organes des Nations unies, le groupe d'experts appelle la communauté internationale à mettre en place "un cadre global de responsabilité tout en garantissant une protection solide aux populations exilées".
"Plus on tarde à agir, plus les dommages sont importants et les conséquences profondes", a déclaré M. Simon, alors que le groupe appelle Managua "à garantir la transparence, à rétablir l'espace civique et à prendre des mesures concrètes pour garantir les droits de tous les Nicaraguayens, y compris ceux en exil".

