Une employée humanitaire française de l'Unicef a été tuée par une frappe de drone à Goma, grande ville de l'est de la République démocratique du Congo (RDC), aux mains du groupe antigouvernemental M23 depuis janvier 2025.
Cette travailleuse humanitaire, ainsi que deux civils, ont été tués par des "drones d'attaque", a affirmé la Mission des Nations unies en RDC (Monusco) mercredi.
"Nous sommes, à l'Unicef, profondément bouleversés et indignés par le décès de notre collègue Karine Buisset, tuée lors d'une attaque de drone sur un bâtiment abritant des travailleurs humanitaires à Goma", a réagi le Fonds des Nations unies pour l'Enfance.
Le porte-parole du M23, qui s'est emparé depuis fin 2021, avec le soutien du Rwanda et de son armée, de vastes parties de l'est de la RDC, région riche en ressources et ravagée par 30 ans de conflits, a accusé l'armée de la RDC d'avoir mené cette attaque.
De son côté, le gouvernement de la RDC - plus représenté à Goma, sous contrôle du M23 - a annoncé mercredi soir une enquête sur "les circonstances" et "l'origine des explosions" pour faire "toute la lumière sur les faits", sans autre détail. Il a fait part de sa "profonde tristesse" après le décès de Karine Buisset et a rendu hommage au personnel humanitaire en RDC.
Le ministère français des Affaires étrangères a de son côté réclamé une "enquête indépendante et impartiale", déclarant que la France était "prête à y contribuer".
L'AFP n'a pas été en mesure de confirmer, de sources indépendantes, l'origine de ces frappes.
- Maison touchée par erreur? -
Positionnées à plusieurs centaines de kilomètres de Goma, les forces de Kinshasa mènent régulièrement des frappes de drones à longue portée sur les positions du M23 dans l'est.
Le M23 fait également usage de drones kamikazes sur le front, selon des sources sécuritaires.
Des témoins ont indiqué avoir entendu des détonations et des bruits de drones dans la nuit de mardi à mercredi à Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, située à la frontière du Rwanda.
Des sources humanitaires et les secours sur place ont confirmé à l'AFP que Karine Buisset avait été tuée pendant la nuit par une frappe ayant touché la maison où elle se résidait, située dans le quartier de Himbi.
Nombre d'expatriés, de personnels et de sièges d'organisations humanitaires sont installés dans ce quartier aisé et résidentiel, au bord du lac Kivu.
De vastes propriétés y ont été réquisitionnées par des cadres du M23.
Des sources sécuritaires contactées par l'AFP estiment que les frappes visaient des responsables ou des proches du groupe armé et que la maison occupée avait été touchée par erreur.
Un travailleur humanitaire qui se trouvait à proximité au moment de la frappe a affirmé à l'AFP avoir entendu deux explosions, une première précédée par un bruit de drones, une seconde, suivie par le bruit d'un drone s'éloignant.
Mercredi matin, des pompiers, des membres de la Monusco et des responsables du M23 étaient présents sur le site, a constaté un correspondant de l'AFP.
- "respect du droit humanitaire" -
La maison était gravement endommagée, partiellement incendiée, et sa toiture détruite. Les murs et le mobilier étaient criblés de petits impacts ressemblant à ceux de l'explosion d'une bombe à fragmentation.
Aucun débris de drone ou de projectile n'a été identifié à ce stade, selon les secours.
Le président français Emmanuel Macron a appelé "au respect du droit humanitaire et des personnels (...) sur place", adressant "le soutien et l'émotion de la Nation" aux proches de la victime.
Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a exprimé son "indignation" par la voix de son porte-parole Stéphane Dujarric. "Le personnel humanitaire ne doit jamais être pris pour cible. C'est le droit international. (...) Il doit être respecté", a souligné ce dernier.
Le chef par intérim de la Monusco Bruno Lemarquis a rappelé "que les attaques contre le personnel de l'ONU pourraient constituer des crimes de guerre".
La RDC et le Rwanda ont entériné début décembre, sous l'égide de Washington, un fragile accord de paix qui n'a pas fait cesser les combats.
L'Angola, autre médiateur dans le conflit, a proposé à Kinshasa et au M23 un cessez-le-feu à compter du 18 février, sans plus d'effet.
Les Etats-Unis ont annoncé début mars des sanctions contre l'armée rwandaise pour son soutien au M23.
Le mouvement a annoncé récemment la mort d'un de ses porte-parole dans une frappe de drone et a revendiqué plusieurs attaques en février et mars sur l'aéroport de Kisangani (nord-est), d'où décollent les drones à longue portée utilisés par l'armée de la RDC.
L'armée rwandaise a déployé des brouilleurs au-dessus de Goma pour se prémunir d'attaques aériennes, selon des experts de l'ONU.
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