France: une interview de Lavrov sur une chaîne publique provoque la controverse

Une interview du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, diffusée jeudi sur la chaîne publique France 2 à une heure de grande écoute, a été sévèrement critiquée vendredi par de nombreux spécialistes de géopolitique, qui la jugent complaisante, et a provoqué l'émoi de l'ambassadeur d'Ukraine en France.

"A quoi bon offrir une tribune à un fasciste ordinaire et à un criminel de guerre?", s'est interrogé sur le réseau social X le diplomate ukrainien, Vadym Omelchenko.

Enregistrée à l'avance, cette interview a été réalisée à distance avec M. Lavrov, qui se trouvait à Moscou. Dix minutes ont été diffusées dans le 20h00 de France 2, séquence qui a été regardée par 3,4 millions de téléspectateurs, et une version longue d'une heure a été mise en ligne sur le site franceinfo.fr.

"Séquence catastrophique sur le service public", a déploré sur X le spécialiste de la Russie Dimitri Minic, de l'Institut français des relations internationales (Ifri), en fustigeant "une interview inutile, mal préparée et au final, dangereuse".

"Si les équipes de France TV sous-estiment encore la lutte informationnelle, qu'elles comprennent que Moscou en a fait l'arme centrale de sa guerre contre l'Occident", a-t-il ajouté.

"Une interview honteuse durant laquelle un ministre d'une puissance adverse peut tranquillement dérouler ses éléments de langage à une heure de grande écoute sur la principale chaîne publique française et presque sans aucune contradiction", a pour sa part pesté sur X le chercheur français Etienne Marcuz, de la Fondation pour la recherche stratégique.

L'analyste Louis Duclos a lui reproché à la journaliste Léa Salamé de ne pas avoir relancé M. Lavrov sur les "crimes de guerre de la Russie en Ukraine".

"Pourquoi ne pas avoir parlé de Boutcha ? Marioupol ? Izioum ? Les safaris en drone à Kherson ? Les tortures de civils, les viols d'enfants et d'adolescentes devant les yeux des parents avant de les assassiner ?", s'est-il indigné.

La Société des journalistes de France Télévisions a au contraire défendu la journaliste qui a réalisé l'interview. Pour son président, Valéry Lerouge, elle a mis M. Lavrov "devant les faits", en parlant de frappes sur des "écoles, des hôpitaux", et de "milliers de civils ukrainiens morts dans cette guerre".

Sollicitée par l'AFP, la direction de France Télévisions n'avait pas réagi dans l'immédiat.

pr-Dt-dab-arb/cel

Justice Info est sur Bluesky
Comme nous, vous étiez fan de Twitter mais vous êtes déçus par X ? Alors rejoignez-nous sur Bluesky et remettons les compteurs à zéro, de façon plus saine.
Poursuivez la lecture...