Une interview du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, diffusée jeudi sur une chaîne publique à une heure de grande écoute en France, a été sévèrement critiquée vendredi, notamment par son homologue français regrettant que le Russe "ait pu dérouler tranquillement sa propagande".
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a profité d'une conférence de presse à l'issue d'une réunion du G7, près de Paris, pour répondre longuement aux affirmations de M. Lavrov la veille au journal télévisé du soir sur France 2, estimant que "répéter des mensonges à une heure de grande écoute n'en fait pas des vérités".
M. Lavrov avait notamment estimé une nouvelle fois que l'Ukraine portait la seule responsabilité de la guerre déclenchée par l'invasion de l'armée russe sur son sol il y a quatre ans, reproché aux Occidentaux un double langage en matière de droits de l'Homme et mis en cause la liberté de la presse en France.
L'ambassadeur d'Ukraine à Paris Vadym Omelchenko s'est demandé vendredi, sur le réseau social X, "à quoi bon offrir une tribune à un fasciste ordinaire et à un criminel de guerre?".
- "Pas complaisant" -
La journaliste vedette auteur de l'interview, Léa Salamé, a reçu vendredi plusieurs soutiens au sein du groupe public France Télévisions. Interroger le chef de la diplomatie de la Russie, "acteur majeur de la guerre au Moyen-Orient" et "allié" de l'Iran, "a un intérêt journalistique évident", a défendu le directeur de l'information de France Télévisions, Philippe Corbé, dans un article sur franceinfo.fr, le site d'information du groupe public, dont fait partie France 2.
"Cet entretien n'est absolument pas complaisant", a insisté le responsable, en poste depuis fin janvier. Il a souligné "l'ensemble du travail de la rédaction sur l'actualité russe et ukrainienne", dont "près de 400 reportages sur le terrain en Ukraine".
La Société des journalistes de France Télévisions a estimé pour sa part que Léa Salamé avait mis M. Lavrov "devant les faits", en parlant de frappes sur des "écoles, des hôpitaux", et de "milliers de civils ukrainiens morts dans cette guerre".
- "Interview honteuse" -
En revanche, de nombreux spécialistes français de géopolitique ont jugé l'interview complaisante. "Séquence catastrophique sur le service public", a déploré sur X le spécialiste de la Russie Dimitri Minic, de l'Institut français des relations internationales (Ifri), en fustigeant "une interview inutile, mal préparée et au final, dangereuse".
"Si les équipes de France TV sous-estiment encore la lutte informationnelle, qu'elles comprennent que Moscou en a fait l'arme centrale de sa guerre contre l'Occident", a-t-il ajouté.
Enregistrée à l'avance, cette interview a été réalisée à distance avec M. Lavrov, qui se trouvait à Moscou. Dix minutes ont été diffusées dans le 20h00 de France 2, séquence qui a été regardée par 3,4 millions de téléspectateurs, et une version longue d'une heure a été mise en ligne sur le site franceinfo.fr, une exigence de la Russie selon la direction de l'information de France Télévisions.
"Une interview honteuse durant laquelle un ministre d'une puissance adverse peut tranquillement dérouler ses éléments de langage à une heure de grande écoute sur la principale chaîne publique française et presque sans aucune contradiction", a pour sa part pesté sur X le chercheur français Etienne Marcuz, de la Fondation pour la recherche stratégique.
L'analyste Louis Duclos a quant à lui lui reproché à Léa Salamé de ne pas avoir relancé M. Lavrov sur les "crimes de guerre de la Russie en Ukraine".
"Pourquoi ne pas avoir parlé de Boutcha? Marioupol? Izioum? Les safaris en drone à Kherson? Les tortures de civils, les viols d'enfants et d'adolescentes devant les yeux des parents avant de les assassiner?", s'est-il indigné.
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