Quelque 500 détenus sont morts au Salvador depuis le lancement par le président Nayib Bukele de sa "guerre" contre les gangs, a dénoncé vendredi l'ONG salvadorienne Aide juridique humanitaire (SJH).
Depuis le 27 mars 2022, M. Bukele a instauré un régime d'exception dans le cadre duquel 91.000 personnes ont été arrêtées sans mandat judiciaire, ce qui, selon de nombreuses ONG, a entraîné de graves violations des droits humains.
"Depuis le début des arrestations massives", il y a eu une "augmentation du nombre de décès" dans les prisons et "il a été possible de compiler des informations sur 500" décès, dont 94% "n'étaient pas des membres de gangs", affirme SJH dans un rapport.
L'ONG, qui fonde ses conclusions sur des témoignages de familles et sur l'accès à des sources non officielles, déplore l'absence d'informations gouvernementales.
Le rapport établit qu'un peu moins d'un tiers des décès est dû à un "manque" de soins médicaux, et que 30% sont des "morts violentes". Pour le reste, il n'a pas été possible de déterminer une cause spécifique de la mort.
Le SJH a assuré que dans "peu de cas" une "procédure d'inspection policière adéquate" a été effectuée, malgré des corps présentant des "signes de violence".
L'ONG qualifie de "torture et traitements inhumains" le "refus" d'accès à des médicaments et à une "assistance médicale" aux détenus souffrant de diabète et autres maladies chroniques.
"Il s'agit d'actes systématiques et généralisés contre la population civile sous la garde de l'Etat" qui "correspondent à des crimes contre l'humanité", a souligné SJH.
Selon le décompte, 41% des décès ont été enregistrés au centre pénitentiaire d'Izalco, à l'ouest de San Salvador, 18% à La Esperanza, en périphérie nord de la capitale, et le reste dans d'autres établissements du pays.
Dans la prison de haute sécurité du Centre de confinement du terrorisme (Cecot), construite pour accueillir 40.000 membres de gangs, le SJH a indiqué n'avoir connaissance que de cinq cas de décès.
Le groupe de juristes GIPES, soutenu par des organisations telles la Fédération internationale pour les droits humains et la Commission internationale de juristes, avait indiqué le 11 mars que des "crimes contre l'humanité" comprenant torture et disparitions forcées, ont été commis depuis le début de l'offensive sécuritaire contre les gangs.
Nayib Bukele a publié plusieurs messages sur X accusant les organisations de défense des droits humains d'être des "cabinets juridiques internationaux du crime".
"Nous ne les écouterons jamais, peu importe à quel point ils nous attaquent", a-t-il écrit.
Le président salvadorien jouit d'une forte popularité pour avoir drastiquement réduit les taux d'homicides à des niveaux historiquement bas et démantelé les gangs de la Mara Salvatrucha et du Barrio 18, déclarés organisations terroristes par les Etats-Unis et le Salvador.

