Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a annoncé mardi vouloir proposer une loi sur l'imprescriptibilité des viols sur mineurs, qu'il espère voir votée "avant la fin du quinquennat" d'Emmanuel Macron, alors que les textes se bousculent au Parlement.
"Je proposerai au Premier ministre un texte sur l'imprescriptibilité des viols qui touchent évidemment les enfants", a déclaré le ministre lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale.
"J'espère que ce texte pourra être, avant la fin du quinquennat, adopté par le Parlement", a-t-il ajouté.
Dimanche, Gérald Darmanin s'était dit favorable à cette mesure dans une tribune publiée dans La Tribune dimanche: "Le temps est venu de consacrer l'imprescriptibilité des crimes commis sur les mineurs", avait-il écrit.
A l'heure actuelle, une victime de viol survenu dans l'enfance peut porter plainte jusqu'à 48 ans, le délai de prescription étant de 30 ans à compter de sa majorité, un délai jugé insuffisant par les associations de protection de l'enfance.
Elles mettent en avant le fait que certaines victimes ne retrouvent pas la mémoire ou ne sont pas en mesure de dénoncer les faits dans le temps imparti.
Un rapport parlementaire publié mi-avril estimait que cette mesure, qui ne fait pas l'unanimité en France, permettrait d'envoyer un "signal fort" dans la lutte contre les violences faites aux enfants.
Dans le sillage de ce rapport, une proposition de loi transpartisane visant à rendre imprescriptibles les crimes sur mineurs avait été déposée.
Son adoption, qui reste hypothétique au vu du calendrier parlementaire déjà très chargé, entraînerait un changement majeur du droit français qui, à ce stade, ne prévoit l'imprescriptibilité que pour les crimes contre l'humanité.
Selon la Ciivise (Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants), près de 160.000 enfants sont victimes chaque année de violences sexuelles en France.
Au-delà des violences sexuelles, 60 mineurs ont été victimes de mort violente au sein de leur famille en 2022, selon l'Observatoire national de la protection de l'enfance, et 51 mineurs victimes d'actes de torture ou de barbarie en 2025, selon le ministère de l'Intérieur.
Par ailleurs le ministre a annoncé mettre en place "une concertation qui permettra, à l'automne, de proposer la fusion du juge des enfants et du juge aux affaires familiales, pour qu'on ait un juge des familles".
Il a aussi assuré qu'une "ordonnance de sûreté de l'enfant", réclamée par les associations, figurerait dans le projet de loi sur la protection des enfants, qui devrait être "déposé devant le Parlement cet été".
L'association Face à l'inceste a salué, dans un communiqué, "un bond en avant dans la prise en compte politique de l'inceste et des violences sexuelles faites aux enfants".
Saluant des propos "inédits de la part d'un ministre de la Justice", elle appelle le gouvernement à "présenter un texte d'ampleur, unique" sur l'inceste.

