L'opposant camerounais Issa Tchiroma Bakary a annoncé vendredi avoir déposé deux plaintes au tribunal judiciaire de Paris, invoquant le principe de compétence universelle, pour dénoncer la répression de contestataires de la présidentielle du 12 octobre 2025 qu'il affirme avoir remportée, en dépit de l'élection de Paul Biya, au pouvoir depuis 1982.
Dans un communiqué posté vendredi soir, M. Tchiroma, qui se présente comme le "président élu de la République du Cameroun", affirme avoir engagé cette procédure afin de faire examiner des accusations de meurtres, de détentions arbitraires et d'autres violations présumées des droits humains commises dans le contexte post-électoral.
Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre passé à l'opposition, avait mobilisé une partie de la jeunesse avide de changement lors de la dernière présidentielle.
Après s'être autoproclamé gagnant du scrutin, il a appelé à plusieurs reprises à défendre sa "victoire", déclenchant des manifestations dans les grandes villes du pays qui ont été réprimées dans le sang.
Selon le document, les plaintes résultent d'une enquête menée depuis octobre 2025 avec le concours d'avocats, d'acteurs de la société civile et de personnes présentées comme témoins ou victimes des événements.
M. Tchiroma affirme que les éléments recueillis permettraient d'établir des responsabilités dans la répression des manifestations et contestations ayant suivi le scrutin présidentiel.
L'ancien ministre, désormais en exil en Gambie, soutient que plusieurs milliers de Camerounais seraient détenus dans différentes prisons du pays dans des conditions qu'il qualifie "d'illégales" et de contraires aux droits fondamentaux.
Il évoque également des décès en détention, des violences commises lors d'opérations de maintien de l'ordre ainsi que des cas présumés de traitements inhumains ou dégradants.
Le communiqué cite notamment les cas d'Anicet Ekane et Souleyman Tobi, morts en prison et présentés comme victimes de la répression.
Selon lui, la saisine du tribunal judiciaire de Paris constitue une première étape dans une démarche qui pourrait être étendue à d'autres mécanismes internationaux compétents en matière de droits humains et de détention arbitraire.
"Là ou la justice camerounaise inféodée au régime usurpateur, et donc +aux ordres+ aurait nécessairement failli, la justice internationale entendra les victimes", estime l'opposant qui fait état "d'obstructions" lors d'une tentative de dépôt de plainte au Cameroun.
Le communiqué est accompagné d'une liste de personnalités politiques, administratives, policières et militaires citées dans l'une des plaintes. Figurent notamment le président camerounais Paul Biya, le secrétaire général de la présidence Ferdinand Ngoh Ngoh, le ministre de l'Administration territoriale Paul Atanga Nji, le ministre délégué à la présidence chargé de la Défense Joseph Beti Assomo, ainsi que plusieurs autres hauts-responsables.
Aucune personnes, ni autorités camerounaises citées n'avaient réagi samedi après-midi.

