Deux Casques bleus éthiopiens de la Mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss) ont été tués lundi dans une "embuscade" tendue par des "individus non identifiés" à une patrouille dans l'Etat du Jonglei, dans le centre du pays, selon les Nations unies.
Depuis plusieurs mois, les combats ont repris au Soudan du Sud entre les forces gouvernementales fidèles au président sud-soudanais Salva Kiir et des milices d'opposition loyales à son rival Riek Machar, vice-président déchu placé en résidence surveillée. Les violences sont particulièrement intenses dans le Jonglei.
Dans un communiqué, la Minuss "condamne fermement l'embuscade tendue aujourd'hui, par des individus armés non identifiés, à une de ses patrouilles se déplaçant vers Pajut dans l'Etat du Jonglei".
"Deux Casques bleus ont été tués (...) et plusieurs personnes blessées, dont trois Casques bleus, deux membres de la police du Soudan du Sud et deux employés civils" de l'ONU, ajoute la Minuss, rappelant que les attaques contre les Casques bleus sont susceptibles de constituer des crimes de guerre.
"Les deux Casques bleus tués étaient de nationalité éthiopienne", a précisé plus tard Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres qui a "condamné fermement" l'attaque.
"Une telle violence meurtrière visant le personnel de la Minuss, qui sert pour favoriser la paix au Soudan du Sud, est inacceptable", s'est insurgée Anita Kiki Gbeho, cheffe de la Minuss.
Selon l'ONU, 36 employés du secteur humanitaire ont en outre été tués au Soudan du Sud depuis le début de 2026.
La Minuss compte environ 12.200 personnes, dont quelque 9.000 militaires et 1.200 policiers. L'Inde, le Rwanda, le Népal, le Bangladesh, l'Ethiopie et la Chine sont les principaux pays fournisseurs de Casques bleus au Soudan du Sud.
Selon les derniers chiffres disponibles de l'ONU, plus de 160 membres de la Minuss ont péri depuis sa mise sur pied, le 8 juillet 2011, à la veille de l'indépendance du Soudan du Sud, lorsqu'il s'est séparé du Soudan après des décennies de conflits entre les rebelles du Sud et le pouvoir de Khartoum au Nord.
- Période "dangereuse" -
Le plus jeune pays du monde a rapidement sombré en 2013 dans la guerre civile, sur fond de lutte pour le pouvoir entre MM. Kiir et Machar, anciens frères ennemis de la lutte pour l'indépendance.
En 2018, un accord de partage du pouvoir entre les deux rivaux a mis fin à la guerre, qui a fait plus de 400.000 morts. Mais les affrontements ont repris depuis à travers le pays entre les forces des deux camps après l'arrestation en 2025 de M. Machar, placé depuis en résidence surveillée à Juba.
Le Soudan du Sud figure en dernière place de l'Indice de développement humain (IDH) des Nations unies. Il est également considéré comme le plus corrompu au monde dans le classement établi par l'ONG Transparency international.
Le pays organise le 22 décembre prochain les premières élections de sa jeune histoire, plusieurs fois promises par le passé et chaque fois repoussées.
Au cours de ce scrutin, réclamé par la communauté internationale, les Sud-Soudanais seront invités à élire notamment le chef de l'Etat, les députés, ainsi que les exécutifs et législateurs des 10 Etats et des trois zones administratives constituant le Soudan du Sud.
Mais la situation sécuritaire, s'ajoutant à d'innombrables défis logistiques, rend l'organisation d'un scrutin très incertaine dans de larges portions du pays.
La Commission sur les droits de l'homme au Soudan du Sud, établie par l'ONU, avertit dans un rapport publié à la mi-août que ces "élections sont susceptibles de devenir un catalyseur de violences supplémentaires plutôt qu'un mécanisme de transition démocratique", soulignant que le pays traverse "l'une de ses périodes les plus dangereuses" depuis la fin de la guerre civile de 2013-2018.
"La détérioration de la situation politique, sécuritaire, humanitaire et des droits humains fait peser un risque grave de reprise de violences à grande échelle et de crimes atroces, alors que les divisions politiques et les exactions liées au conflit refont surface", estime-t-elle.
La situation humanitaire est également catastrophique : 10 des 12,2 millions de Sud-Soudanais ont besoin d'aide et plus de sept millions sont "en insécurité alimentaire aiguë", selon l'ONU.

