Un tribunal néerlandais s'apprête à rendre vendredi son verdict à l'encontre d'un Rwandais soupçonné d'avoir incité et participé au massacre de 3.000 Tutsis lors du génocide de 1994.
Le parquet a requis la réclusion à perpétuité contre Eugène N., 66 ans, également accusé de s'être livré à une "vague de pillages et de destructions" avant le massacre, incendiant des maisons et saccageant des biens.
Au cours des violences d'avril 1994, environ 3.000 victimes ayant cherché refuge dans un stade de foot à Mbazi, dans le sud du Rwanda, avaient été massacrées.
"Si les crimes effroyables commis par le suspect, au cours desquels non pas une seule, mais environ 3.000 personnes innocentes ont été littéralement massacrées (...) ne méritent pas la prison à perpétuité, alors quels faits le méritent? ", avait lancé la procureure lors d'une audience devant le tribunal de La Haye.
"Le suspect a lui-même lancé une grenade dans un stade où se trouvaient des hommes, des femmes et des enfants" a-t-elle précisé.
- Mandat d'arrêt international -
Eugène N. a nié ces accusations et a déclaré aux juges qu'il avait lui-même été victime de violences.
"Je n'ai commis aucun des faits qui me sont reprochés", avait-il affirmé, la voix déformée et le visage caché à la demande de la défense, pour des raisons de sécurité. "Je n'aurais pas pu prendre part à ces événements au cours desquels des membres de ma famille ont également été tués".
Une de ses avocates a décrit devant la cour un "homme brisé" pour qui ce procès "rouvre des plaies avec lesquelles il tentait de vivre".
Plus de 800.000 personnes selon l'ONU, essentiellement des membres de la minorité tutsi, ont été tuées au printemps 1994.
D'après les autorités néerlandaises, le suspect est recherché depuis longtemps par le parquet rwandais, qui a émis un mandat d'arrêt international à son encontre en 2014. Ayant acquis la nationalité néerlandaise et résidant aux Pays-Bas depuis 1998, il ne peut néanmoins être extradé vers le Rwanda.
Les enquêteurs néerlandais se penchent sur son cas depuis 2020 et ont interrogé des dizaines de témoins, y compris au Rwanda.
Des tribunaux de pays européens ont jugé et condamné plusieurs dizaines de personnes impliquées dans le génocide au Rwanda en vertu du principe de compétence universelle, qui leur permet de juger les crimes les plus graves, même s'ils ont été commis à l'étranger.

