Le Centre mémorial de Srebrenica a déploré mardi une réaction de "pure forme" de Bruxelles au lendemain des funérailles à Belgrade de l'ex-chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic, condamné pour génocide, avec les honneurs militaires et en présence de plusieurs ministres serbes.
L'enterrement de Ratko Mladic, décédé fin août dans une unité de détention de l'ONU à la Haye (Pays-Bas), qui avait des allures d'hommage national, en présence des milliers de personnes, a provoqué de vives réactions en Bosnie.
Après un office funèbre célébré dans une église par le patriarche Porfirije, chef de l'Eglise orthodoxe serbe, des militaires de l'armée serbe ont porté son cercueil et tiré trois salves d'honneur au cimetière.
"Nous en avons assez de voir des gens rendre un hommage de pure forme aux victimes tout en continuant à serrer la main de responsables politiques qui rêvent de futurs génocides", a écrit sur les réseaux sociaux Emir Suljagic, directeur du Centre mémorial de Srebrenica, en Bosnie orientale.
Le président du Conseil européen Antonio Costa et la cheffe de la Commission européenne Ursula von der Leyen, ont déclaré auparavant sur X que la présence de responsables serbes aux funérailles était "profondément regrettable".
Outre les ministres serbes, dont ceux de la Défense et de la Justice, tous les principaux dirigeants de l'entité serbe de Bosnie (RS, Republika Srpska), ont assisté à l'enterrement, aux côtés de Milorad Dodik, ancien président déchu de la RS mais qui reste l'homme fort de cette entité.
"La seule chose regrettable dans toute cette affaire, c'est que Von der Leyen refuse d'appeler les choses par leur nom", a asséné M. Suljagic qui dirige le centre mémorial de Srebrenica, un établissement étatique qui gère le musée, les archives ainsi que le cimetière où reposent les victimes du massacre de Srebrenica.
Il a rappelé que plusieurs ministres serbes ont assisté aux funérailles de Mladic, que "des soldats serbes (avaient) monté la garde auprès de son cercueil" que sa dépouille avait "été transportée (depuis la Haye, ndlr) à bord d'un avion gouvernemental serbe, sous le drapeau de l'Etat serbe".
"Si cela ne constitue pas une implication de l'Etat, alors qu'est-ce que c'est ?", a-t-il demandé.
Au lendemain du décès de Ratko Mladic, qui avait été condamné à perpétuité par la justice internationale, notamment pour le génocide de Srebrenica, dans lequel plus de 8.000 hommes et adolescents bosniaques capturés ont été tués en juillet 1995, le ministre serbe de la Justice, Nenad Vujic, avait annoncé des "honneurs militaires et d'Etat" pour ses funérailles.
Le président serbe Aleksandar Vucic avait toutefois tempéré ses propos, en disant que le rôle de l'Etat serait résumé à "garantir la sécurité" lors de la cérémonie funéraire.

